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 Petit texte

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Papillon
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MessageSujet: Petit texte   13/1/2006, 23:30

Ne vous attendez pas à grand chose, je suis nul en poésie etc...

Petite histoire courte:

Sur le sommet d’une énorme épinette, trois gros oiseaux au plumage aussi noir que la nuit, semblaient figés comme des statues de marbre. Une légère brise faisait bouger leurs plumes et dans le bec acéré de l’un d’eux, pendait une patte de lapin sanglante. Le plus gros regardait fixement vers la cour de l’école, d’où provenait des cris d’enfants …

Aurore Marquis agita la clochette avec frénésie, la main tremblante. Ce qu’elle voyait ne la rassurait pas du tout. Elle regarda le grelot émoussé en maugréant. « Au prochain conseil de bande, ils devront m’en fournir une neuve, sinon ca va barder » ….

Nicholas Mc Kenzie venait de démarrer une série de directs sur la poitrine de Régis Déry et remontait rapidement vers le visage. Ses bras se détendaient comme des pistons tellement il y allait sec. Il vit son opposant chanceler sur ses jambes, puis cessa soudainement de le frapper et le regarda dans les yeux, puis tourna les talons. De loin, il pouvait entendre le son de la clochette de l’enseignante qui s’escrimait de plus belle. Aussi soudainement que tout avait commencé, elle vit de loin, Nicholas cesser subitement son attaque pour se mettre en marche nonchalamment en souriant. Aucune déchirure sur sa chemise, les jeans nullement froissés, il venait lentement dans sa direction, un étrange sourire aux lèvres.

Elle regarda ce jeune garçon de treize ans marcher la tête droite, les yeux rieurs et agir comme s’il ne s’était rien passé. Régis, qui avait du sang sur sa chemise, se tenait un œil qui enflait rapidement sous le regard inquiet de sa copine Maryse qui s’approcha de lui prudemment. Aurore, pourtant habituée à voir plein de jeunes se bagarrer, était abasourdie. S’arracher des boutons, se déchirer les vêtements, se tirailler, se tordre les bras … C’était normal, mais … cette manière de se battre, jamais elle n’avait vu ca.

Elle-même élevée dans la réserve en travers des gars, elle avait vu ses cousins se battre comme des chiffonniers pour des broutilles, et ce, tellement souvent, qu’elle en faisait plus de cas. Avant d’atteindre la puberté, elle n’avait pas donné sa place. Une cicatrice ornant la jointure de sa main droite, était le résultat d’une dent du deuxième voisin qui s’était fichée en plein dedans lors d’une bagarre pour une poignée de billes de verre.

Mais voir pareille chose se dérouler ici, dans sa cour d’école, semblait irréel. Elle était bouleversée. « Il va falloir que je parle à ses parents », pensa t-elle en le regardant passer.

— Aussi bien y mettre un clou, fit-elle tout haut, pour se donner une certaine contenance.
— Un clou, mais où ca ? demanda le jeune garçon aux yeux bleu.

Elle l’aimait bien ce petit nouveau, mais il lui faisait une bizarre d’impression. Métis, il venait tout juste d’arriver avec son père deux semaines auparavant de Sagamok, Ontario. Il parlait trois langues couramment, chose assez rare dans le coin. Même un peu d’espagnol que lui avait enseigné sa mère et avec lequel il s’amusait parfois pour confondre ses amis.

— Entre Nicholas, je réfléchissais tout haut.
— Oui capitaine.

Il passa comme un jeune félin devant elle, pour se diriger tout droit à son pupitre et s’y asseoir.


Elle s’était rendu compte que les enfants n’aimaient pas beaucoup les différences. Dès le premier jour où était arrivé Nicholas, elle l’avait séparé deux fois sur l’heure du midi. Quelques costauds avaient envoyé les étroits d’esprit évaluer le nouveau venu qui en avaient été pour leur frais. Deux ou trois solides coups de poing leur avaient ébranlé quelques dents et ils s’en étaient retournée jouer avec le ballon noir et rouge en crachant par terre.



Lorsque Régis arriva près d’elle, elle le prit par le bras et lui demanda pourquoi ils s’acharnaient tous sur le nouveau venu. Elle pensait que ca pouvait être causé par le fait qu’il répondait à tout, et ce avant les autres en classe.

— Mais, Madame, il n’est pas comme nous, avait-il répondu. Il vient de la réserve de je ne sais plus trop quoi, et de l’Ontario en plus.
— Ce n’est pas une raison pour …
— Il n’est pas pareil que nous, capitaine.
— Ce n’est pas une raison. Va te débarbouiller et reviens ici .
— Oui, capitaine.

Dans la classe, elle les avait fait s’agenouiller chacun dans un coin durant quinze bonnes minutes: Contre la promesse de se donner la main comme des hommes, ils avaient été autorisés à se relever et à se rendre à leurs pupitres pour suivre le cours d’histoire du Canada.

Pendant les quelques jours suivant, ce fût tranquille. Puis dès le lundi suivant, tout recommença jusqu’à ce que Nicholas n’eut plus aucun adversaire à affronter, créant ainsi une sorte de vide autour de lui. Par la suite, tout rentra dans l’ordre et la bonne humeur générale reprit le dessus.

— Prenez votre manuel de biologie et lisez de la page dix-huit jusqu’à la fin du chapitre. Lorsque vous aurez terminé, vous allez me faire une rédaction; d’au moins deux cents mots, pas un de moins.

Elle les regarda ouvrir leur livre et se mettre à lire en silence …

— Mireille Rose, cesse de bavarder. Ça s’adresse aussi à toi Ghyslaine Royer, compris !

Les deux jeunes filles replongèrent le nez dans leur livre sans un mot. Elles commençaient à s’intéresser aux garçons et avaient moins l’esprit aux leçons que l’an dernier, ou elles voulaient devenir professeur.

Aurore Marquis en profita pour se plonger dans ses pensées. Le huitième jour qui avait suivi l’arrivée de Nicholas Mc Kenzie, elle l’avait renvoyé chez lui avec un billet en poche, qui demandait à voir le parent responsable de l’enfant. Elle ressortit le billet froissé qu’elle avait conservé et relut l’endos ou il était écrit : « Je serai chez vous demain à dix-neuf heures pile. Soyez-y » . Kevin Mc Kenzy.

Elle examinait les lettres écrites de façon égale et soignée. Son écriture l’intriguait encore.

Le lendemain soir à dix-neuf heures précises, le père de Nicholas était arrivé, habillé en trappeur. Elle avait reculé de surprise devant l’homme à la forte carrure qui s’était présenté devant elle et qui avait enlevé son chapeau de loup, libérant une masse de cheveux bruns et qui l’avait regardé droit dans les yeux. Elle s’était retrouvée à bégayer devant le nouveau second en chef de la réserve par intérim. L’homme conscient de son embarras lui avait facilité les choses de façon étonnante.

Il avait regardé un peu dans la classe, puis s’était dirigé tout droit, là ou s’asseyait son fils.

— Mais comment savez-vous?
— Normalement, c’est ici que se font placer les nouveaux venus et j’ai été un nouveau partout, fit l’homme en souriant légèrement. Comme mon fils d’ailleurs. L’histoire se perpétue …
— Ca alors monsieur, pendant un instant j’avais pensé …
— Non, il ne m’a rien dit du tout. J’y suis allé comme ça. Vous vouliez me voir!

Aurore regarda l’homme au regard perçant qui semblait lire dans son âme, puis se sentit toute détendue. Elle ne fit qu’effleurer le sujet des bagarres, pour se lancer à raconter sa vie devant l’étranger qui souriait en opinant du chef.

Les coups répétés de l’horloge qui sonnait les vingt et une heure l’avait sortie de sa transe hypnotique. Avec effroi, elle avait soudain constaté que ça faisait plus deux heures qu’elle parlait sans arrêt.

— Je suis désolée Monsieur, c’est la première fois que ça m’arrive.
— Kevin Mc Kenzie mademoiselle Aurore. Appelez-moi Kevin et je vous invite au restaurant les Toits Gris samedi qui vient.
— Heu …
— Dites oui, tout simplement! Je l’ai vu sur une carte touristique et je me disais que j’aimerais bien l’essayer en agréable compagnie.

« Et m’essayer par la même occasion ».

— C’est d’accord, fit Aurore gênée. Mais à une condition!
— Laquelle?
— Je suis une femme respectable et je tiens à ce que tout se déroule convenablement.
— Voilà qui est bien mademoiselle Aurore. C’était facile non! Comptez sur moi! Je suis un homme d’honneur. Vous saisissez?
— Un peu oui, heu … Ce n’est pas ce que je voulais dire.
— Parfait! Je vais vous rappeler à ce sujet. Je vais coucher mon garnement. À samedi, disons vers les dix-sept heures!
— Ca me convient. Ca me laissera le temps de me changer, réalisa trop tard l’institutrice qu’il n’y avait pas de classe le samedi.

Confuse, elle avait vu l’homme se lever en réprimant un petit rire, se courber devant elle, remettre son chapeau poilu et repartir en silence. Aurore émergea de ses pensées lorsqu’elle se rendit compte que les élèves avaient terminé leur travail depuis un petit moment et commençaient à faire des pitreries.

— Rangez votre livre et amenez-moi vos copies les matelots.
— Il est rangé depuis longtemps capitaine, on n’a plus que notre feuille et notre crayon.
— Silence Ghyslaine. Apporte-moi ton travail.

Se levant la première avec raideur, la jeune fille attira le regard de Nicholas qui la regarda plus attentivement. « Une sportive celle-ci », pensa t-il. Imitant la meneuse, les autres se levèrent un par un et déposèrent leur copie sur le coin du bureau. Ils aimaient bien leur enseignante qui leur faisait prendre les études comme un jeu. Elle était la capitaine et eux les matelots, selon les grades qu’elle leur donnait à chaque fin de mois, selon leur notes.

— Vous pouvez partir, et bonne fin de semaine, les matelots.
— Bonne fin de semaine, capitaine, firent les étudiants en prenant leur sac à dos en riant.

Aurore regarda le calendrier. C’était demain samedi. Elle appréhendait un peu ce rendez-vous, mais maintenant ne pouvait plus faire machine arrière. La veille, encore vers les dix-neuf heures, elle avait reçu un appel de Kevin lui confirmant qu’il n’avait pas oublié.

— Bonne fin de semaine, Madame.
— Ah! Toi aussi Nicholas fit-elle surprise. Elle le regarda partir, surprise de ne pas avoir remarqué qu’il était encore dans la classe. Parfois, elle le voyait à un endroit, puis soudain il semblait venir de l’endroit opposé.


Aurore était fière de sa classe. Auparavant, elle avait fait un stage dans une école publique et elle avait frôlée la dépression tant les étudiants étaient indisciplinés. Ici, ils apprenaient tout en s’amusant. Les méthodes avaient beaucoup changées au fil du temps. Vers la fin des années 1800, les filles devaient apprendre à faire la lessive, la couture, la cuisine et les arts ménagers, dans le bût d’en faire soit des ménagères ou encore des servantes. Ajourd’hui, c’était plus orienté vers l’étude du commercial et de l’industriel.
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Papillon
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MessageSujet: Re: Petit texte   13/1/2006, 23:31

(suite...)

Un léger coup de vent fit tomber le capteur de rêve en bas de son trépied. Une main brune et musclée le ramassa, l’épousseta, et le remit sur l’établi. Kevin fier de son œuvre, y avait mis tout son coeur. C’était sa meilleure réussite jusqu’à présent. «Pendant la nuit, les mauvais rêves resteront pris dans le filet, pour être ensuite brûlés par les premières lueurs du jour. Les beaux rêves passeront à travers le trou du centre, pour être filtrés par les plumes multicolores, choisies avec le plus grand soin et les mauvais par les plumes provenant des prédateurs.». Un vrai capteur Chipewa, fait dans la plus pure tradition.

Il avait l’intention de l’offrir à l’institutrice dès le lendemain soir. Il avait été frappé par le regard franc de cette jeune femme pendant qu’elle lui avait tenu son long monologue, ayant l’impression que c’était sa défunte mère qui se tenait devant lui. Grande, les épaules larges pour une femme, il avait été impressionné par sa façon de bouger. Il avait remarqué qu’elle parlait autant avec le regard qu’avec la bouche pulpeuse qu’il n’avait pas lâchée des yeux. Un léger bruit, le fit se retourner.

— Salut, Nicholas. Est-ce que cela s’est bien passé?
— Oui papa. Aucune bagarre. Le calme plat aujourd’hui.
— C’est bien. Fais-toi un peu oublier mon fils, ça vaut mieux!

Le jeune garçon choisit de ne pas répondre, et se dirigea vers le frigidaire. Après le départ de sa mère deux années auparavant, il avait fait croire à son père qu’il ne pouvait plus rien manger, mais pendant la nuit, se relevait silencieusement pour calmer son estomac qui l’empêchait de dormir.

Une fois, il s’était fait surprendre à s’empiffrer de ragoût froid à même le plat, avec ses doigts et s’était fait semoncer sévèrement. Il lui avait alors été expliqué que l’assimilation des aliments ne se faisait pas pendant la nuit, que c’était dommageable pour l’organisme.

— Demain je sors, fit son père dans son dos. Ce soir aussi d’ailleurs, mais demain c’est différent.

Nicholas ne prononça pas un mot, referma la porte en tenant une tranche de fromage et une pomme, puis se rendit ouvrir son ordinateur. Aussi souvent qu’il le pouvait, il discutait avec les nombreux amis qu’il s’était fait un peu partout sur le net. Ca lui changeait de ceux qui voulaient tout le temps essayer de le terrasser.

— Encore sur l’ordinateur!

Nicholas rentra la tête dans les épaules et tapa l’adresse de Louise Pigeon, sa meilleure amie. Il lui écrivait pour la huitième fois depuis son arrivée dans la réserve de Kahnawake. Il était tombé amoureux de cette fille au regard doux et franc, alors qu’il habitait encore dans la réserve d’Akwesasne, celle d’avant Ohsweken et de Sagamok.
Ils n’avaient échangé que quelques rares baisers sur la bouche, Louise et lui, mais pourtant, il était réellement incapable de se la sortir de l’esprit. Elle possédait un charme puissant. Aussi grande que lui, elle portait les cheveux libres jusqu’à la taille. Il avait souvent tenté d’aller plus loin que le simple baiser, mais elle avait toujours su le remettre à sa place gentiment.

Cela n’avait été que deux jours avant son départ, qu’il eut enfin la chance de se retrouver seul avec elle. Nus jusqu’à la taille, dans un boisé profond derrière l’aréna locale, à s’embrasser passionnément et à se peloter, ils n’avaient pas vu arriver l’oncle de Louise qui revenait d’aller se soulager dans le bois. Il avait eu droit à un sermon sur La Montagne rédigé en jargons et bourré de jurons et avait vu l’oncle ramener la fille sans ménagements chez ses parents. Il ne l’avait plus revu depuis.



Le parfum à la vanille que dégageait Louise ce jour-là, l’avait profondément marqué. Depuis il ne manquait jamais d’encens à la vanille à la maison. Lorsque ses souvenirs étaient trop vifs, il en faisait brûler tout en laissant couler une larme, seul dans sa chambre.

— Demain j’emmène ton institutrice au restaurant les Toits Gris, dans les Laurentides, fit encore une fois son père dans son dos. Je l’ai invité et elle accepte.

Nicholas fit pivoter sa chaise, se leva lentement, comme un automate, puis se précipita sur son père les deux poings levés. Il donna de rapides crochets dans les côtes, puis enchaîna avec des directs et quelques uppercuts qui fouettaient l’air. Mais, l’ombre mouvante, continuait à se déplacer devant lui avec rapidité. Aucun de ses coups, pourtant rapides, n’atteignait son père.

— Mais vas-y fils! Ma propre mère était meilleure que toi, espèce de mollasson.

La rage s’empara soudainement du jeune garçon qui coupa à l’envers son demi-cercle et son poing atteignit le bas de la mâchoire d’un Kevin surpris.

— Ça, c’est un coup! Continu comme ça, chiffe molle.

Le garçon surpris d’avoir atteint le bût pour la première fois, s’enhardit d’un seul coup. «Il n’est donc pas intouchable», pensa-t-il. «Je m’en vais te le sonner, ce vieux salaud».

Il entama une rapide série de directs qui auraient foudroyé beaucoup d’adultes, sans réussir cette fois-ci à récidiver sur sa cible qui se déplaçait maintenant avec la grâce d’une ballerine. Aussi brusquement qu’il avait commencé, il cessa ses attaques, se plia en deux en tentant de retrouver son souffle. Des larmes de rage coulant sur ses joues, le rendit malade de honte. Il sentit les bras de son père l’entourer et il pleura contre sa poitrine longuement.

Il se détourna rapidement et retourna s’asseoir devant son ordinateur. Il entendit son père marmonner quelque chose tout bas, puis quitter la maison en silence. Il termina rapidement son message et l’envoya à Louise. Il se tourna légèrement pour s’assurer qu’il était seul, puis fit apparaître l’adresse de son enseignante. Pâturerai@cgc.........

En entendant son père mentionner le rendez-vous avec son professeur, il n’avait pu résister. Il lui fallait absolument l’avertir du danger qui la guettait. Il aimait bien cette ville et l’école. Les déménagements répétitifs commençaient à lui sortir par les yeux.


Aurore raccrocha le combiné pour la sixième fois d’affilée. Sa mère s’était informée si tout allait bien, sa cousine Nathalie l’avait tenue pendant trente minutes dans un monologue sur la mode, puis la même voix basse et sourde avait appelé quatre fois. Elle n’entendait qu’une respiration sifflante à l’autre bout du fil.

Elle avait des doutes à propos du nouveau concierge de l’école, mais n’avait aucune preuve pour étayer ses dires. Débarqué à l’automne 2004, les appels anonymes avaient commencé à partir de ce moment là. Pourtant, il n’avaient jamais échangé une seule parole, ni le moindre regard au travail. Inquiète, elle débrancha sa ligne téléphonique. L’homme ne téléphonait jamais du même endroit, avait-elle appris du service à la clientèle.

Elle décida de prendre un bon bain énergétique. Ça s’imposait. Ouvrant le robinet, elle y déposa plusieurs plantes séchées. Une pincée d’absinthe, de l’airelle, du pied de perdrix, et un peu de cèdre feraient l’affaire. Elle adorait recharger son aura avec les éléments de la nature. De cette façon, elle se sentait protégée et demeurait dans son axe de vie naturel. Exactement comme l’étaient les animaux vivants en liberté. Elle utilisait les recettes apprises par coeur, provenant de son grand-père.

La jeune femme s’examina attentivement dans le miroir. La taille fine, la poitrine un peu forte, les épaules larges, sa symétrie était presque parfaite. Elle aimait se regarder longuement, surtout dans les yeux, en prononçant les mantras que lui avait appris son grand-père surnommé Agni, qui avait été un chaman très connu. Parfois son nom revenait encore dans les discussions autour des feux, lors des rituels traditionnels.

Elle ouvrit une petite armoire vitrée et en sortit deux bougies blanches qu’elle alluma. Elle développa un charbon noir de son emballage de plomb, auquel elle mit le feu et souffla dessus jusqu’à ce qu’il soit d’un beau rouge incandescent. Puis une pincée d’encens sur le charbon rougi, embauma la pièce d’une odeur sauvage et enivrante. L’odeur agréable purifiait l’air ambiant et lui entrait en plein dans les poumons.

Se glissant lentement dans l’eau froide, elle frissonna. N’ayant que la tête sortie, elle se mit à fixer la flamme de la plus haute bougie jusqu’à ne plus voir qu’elle. Son champ de vision devint rempli de feu, l’élément le plus approprié pour ce qu’elle faisait. Puis fermant les yeux, elle visualisa que les énergies des plantes entraient dans son champ aurique, lui apportant leur pouvoir et leur force.

Nicholas essaya pour la cinquième fois de suite de téléphoner à son professeur, mais n’obtint aucune réponse. Ca semblait coupé. Il fronça les sourcils et commença à se questionner à propos de la ligne téléphonique. «Est-ce que Kevin aurait commencé ses magouilles»?

Aurore sortit du bain complètement frigorifié et se dirigea vers le grand miroir en se regardant dans les yeux en marmonnant des paroles indiennes. Elle laissa sécher l’eau sur son corps, jamais elle ne s’essuyait, puis enfila son peignoir indien. Retroussant une manche, elle enleva les plantes qui flottaient et tira le bouchon, produisant un glou glou sourd.

Nicholas réessaya pour la dernière fois. N’obtenant pas de réponse, il enfonça le combiné sur son socle avec une telle violence, qu’il se brisa. Il regarda ce qu’il venait de faire et secoua la tête.

Pendant ce temps,. Kevin Mc Kenzie pivotait sur sa jambe gauche et son talon droit faisait craquer les côtes de l’américain, qui cogna durement contre le grillage d’acier.

— Debout espèce de lâche, cria une grande rousse au premier rang.
— Achève-le ce salopard, répondit un gros homme obèse de l’autre côté de l’arène en agitant son verre de bière qui éclaboussait son pantalon.

Kevin jeta un rapide regard en direction des spectateurs, puis regarda son adversaire qui glissait lentement au sol en essayant vainement de respirer. Il se mit à faire lentement le tour du ring les deux poings levés, ce qui fit diversion. Il n’avait pas l’intention de frapper lâchement un homme, déjà par terre.

Le promoteur déverrouilla la cage et fit signe à ses deux sbires de ramasser le perdant et de le sortir.

— Tu aurais pu l’achever, fit le promoteur d’une voix sèche.
— Il a son compte non! C’est pas encore assez?

L’homme leva le bras vu vainqueur sans rajouter un seul mot et lui remit les trois mille dollars promis tout en s’égosillant en direction de la foule qui en redemandait.

— On paie nos vainqueurs ici, passez le mot autour de vous, fit-il d’une voix de stentor.

Kevin glissa l’enveloppe dans sa poche arrière, puis il sortit de la cage maudite. En se rendant au vestiaire, il croisa les prochains combattants et songea brièvement que l’un d’eux seulement sortirait debout dans les minutes qui allaient suivre. En se rendant à son véhicule, il remarqua trois gros corbeaux qui croassaient bruyamment sur le toit du centre sportif clandestin.

– As-tu gagné Kevin?

L’homme se détourna et vit deux femmes éméchées qui titubaient venir dans sa direction.

– J’ai perdu. Je suis à sec les filles.

Il les vit grimacer, puis se détourner de lui, ayant perdu beaucoup d’intérêt soudainement. Il pensait de plus en plus au problème d’alcoolisme qui détruisait les habitants de certaines réserves. Il avait hâte de pouvoir freiner ce fléau avant qu’il ne soit trop tard.
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Papillon
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MessageSujet: Re: Petit texte   13/1/2006, 23:32

(suite...)


La pleine lune éclairait le groupe qui se tenaient solidement par la main, entourant un homme de haute stature qui semblait besogner sur quelque chose d’inerte.


Tous vêtus de leurs costumes sombres et de leur masque en forme conique, les participants étaient silencieux. Soudain une clameur monta parmi les quatre personnes, qui eurent un léger mouvement de recul. Ils voyaient maintenant un cœur palpitant levé vers la lune, tenu entre les doigts griffus de leur chef qui souriait. Les lèvres de l’officiant commencèrent à bouger lentement, et tous entendirent alors la formule traditionnelle sortir de la gorge caverneuse de l’homme.


— «Aurochs IN ISTO SALE SIT SAPIENTIA» s’écria l’officiant.

Puis il redescendit le cœur sur sa bouche et l’embrassa avidement. Ensuite, ils le virent mettre l’organe dans une bassine et y vider du vin rouge tout en psalmodiant des paroles inintelligibles.

Sur un signe, les adeptes se mirent à tourner lentement dans le même sens que les aiguilles d’une montre, suivant la cadence que leur donnait leur chef, qui battait des mains. Puis de plus en plus rapidement, jusqu’à ce que les plus faibles commencèrent à tomber sur le sol en haletant et en se tordant de façon grotesque.

Quelques minutes seulement passèrent, lorsque le l’homme à la cape s’écria à nouveau.

— «Aurochs IN ISTO SALE SIT SAPIENTIA TE SALE».

Les participants, s’étant relevés tant bien que mal, levèrent les bras au ciel en psalmodiant une homélie ancienne. Le maître de cérémonie visualisait qu’il aspirait en lui toute l’énergie contenue dans le cercle de pierre, il ne voulait pas en laisser la moindre petite parcelle. Il la voyait entrer en lui par sa fontanelle, pour se diriger vers son plexus solaire. Il sentait les poils de ses bras se redresser, ses rares cheveux s’électrifier et ses yeux chauffer comme des charbons ardents, tellement l’énergie était puissante. Un rictus déformant sa bouche, il cracha par terre et tendit les bras au ciel en hurlant.

Il prit alors le récipient contenant le cœur et le vin et en avala une longue rasade, puis posa le récipient sur la grande pierre qui servait d’autel et mangea un biscuit sec, les yeux fermés. Il réouvrit les yeux pour voir les quelques fidèles se regarder, bêtement. Il savait qu’ils étaient vidés dans le vrai sens du terme et que la cérémonie était terminée.

Il se rendit alors à la tente de fortune et en ressortit avec un sac de toile. Considéré avec respect et fierté, cette tente bariolée représentait très bien l’histoire de ce groupe. La tente fabriquée de peaux noircies par la fumée, ouvrait une porte à l’imagination, du temps ou le bison broutait dans les plaines, ou le loup et l’ours régnait encore en maîtres sur les grands espaces dans la nature. Quelques lignes d’une couleur douteuse, donnait le nombre de sacrifices effectués dans les règles de l’art ancien.

Jetant un dernier regard sur la dépouille du clochard, revendeur de drogue sans vie, il l’entra dans le gros sac de toile rigide en grognant, puis fit signe aux autres de le suivre en silence. Le cortège s’engagea lentement sur le chemin du retour, sous une centaines d’yeux noirs qui n’avaient rien manqué du spectacle.

Un frisson parcourut le corps du meneur, qui tourna la tête en direction de l’autel. Avec sursaut, il lui sembla voir bouger quelque chose sur le sac de toile. Hâtant le pas, il donna l’ordre de marcher plus rapidement. Quelque chose n’allait pas.
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Jipi
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MessageSujet: Re: Petit texte   14/1/2006, 11:29

Petit texte qu'il disait ce cher Papillon ! Là il me faut du temps pour lire tes textes à tête réposée !!! Pas envie de bâcler les choses et donc prochainement je réagirai ! Merci pour ce saut Papillon ! Wink

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MessageSujet: Re: Petit texte   14/1/2006, 16:49

Mais Jipi, c'est vrai que ce n'est qu'un petit texte ca! lol!

J'en ai presque 20 fois plus que cela dans mon ordi, en ce qui concerne cette histoire.

J'ai commencé à écrire le tome 2, emporté par l'élan d'écrire.

En juillet 2005, un petit bouquin de 254 pages édité et imprimé en e-book et en livre papier.

En Novembre 2005, un autre bouquin de 485 pages de terminé. Il est présentement en train de se faire étudier et évaluer par une maison d'édition à Paris, aucune nouvelle depuis, ca leur prend de 3 à 6 mois avant de redonner signe de vie.


Ce dernier: un peu plus de 500 pages d'écrites. Presque 50 chapitres, je n'ai pas tout à fait terminé la deuxième mouture. J'enlève des adverbes superflus, des mots de trop, je fais des rajouts à d'autre endroits, je ne peux pas réellement évaluer avec précision le nombre de pages qu'il aura. Dans 3 semaines, je le pourrai. lol!

En travers cela, j'ai une dizaine de e-books d'écrits et de 2,000 à 3,000 post dans divers forums sur le web. J'adore écrire, même si je n'ai jamais eu de formation dans ce domaine.

Je travaille entre 60 et 75 heures par semaine en travers tout cela, pour faire vivre ma famille. Je sais que je suis un peu trop éparpillé, mais j'aime ca! bravo
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Jipi
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MessageSujet: Re: Petit texte   14/1/2006, 17:04

Maintenant je comprends mieux cher Papillon ! J'étais un peu perdu dans ton texte... Je croyais au départ que c'était une nouvelle et donc je n'arrivais pas à saisir l'unité... des extraits d'un très long récit donc...

Voilà j'ai lu tes textes deux fois comme d'habitude. J'aime l'atmosphère étrange de tes textes, le côté un peu fantastique, les problématiques soulevées (l'enseignement... mon épouse est institutrice , la différence, l'alcoolisme dans les réserves...), de belles idées (le capteur de rêves).
Seule réserve, mais je sais que je peux être franc avec toi : ton écriture fait surgir de belles phrases, mais aussi parfois des clichés que tu pourrais éviter. Je travaillerais encore l'écriture en supprimant quelques petites descriptions stéréotypées (d'autres sont belles), en surprenant davantage par ton écriture.
Merci encore pour avoir osé franchir le cap et nous avoir offert ces extraits d'un ouvrage qui pourra être vraiment intéressant !

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MessageSujet: Re: Petit texte   14/1/2006, 17:10

Merci Jipi!

Tu as raison, sois le plus franc possible envers ce que j'écris. C'est de cette facon que j'ai une chance de m'améliorer, parce que je ne suis pas allé à l'école longtemps. À 14 ans, j'y allais plus et ca me manque horriblement de nos jours.

Enfin, pour les clichés, merci, même si je ne sais pas ce que signifie " cliché ", je vais essayer de savoir ce que c'est et les enlever de mes textes.

S'il y a autre chose qui cloche, n'hésite pas à me le dire, ca me rendra un fier service! voilà
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MessageSujet: Re: Petit texte   14/1/2006, 17:13

J'oubliais, je tente par ce bouquin de dire les choses les plus près possible de la réalité.

Parce que ca fait vraiment dur, les problèmes de drogue qui font des ravages, d'alcoolisme, de suicides et j'en passe.

Je suis justement en train de retravailler ce manuscrit, ca tombe bien les trus que tu m'a révélé, merci !
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Jipi
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MessageSujet: Re: Petit texte   14/1/2006, 17:18

Voici ma définition personnelle du cliché (synonymes : poncif, lieu commun, stéréotype) : une phrase, une idée... qui a déjà été tellement lue, vue ou entendue qu'elle n'est plus originale ! À éviter comme la peste dans le travail de l'écriture même si personne n'y échappe totalement !

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Papillon
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MessageSujet: Re: Petit texte   14/1/2006, 17:21

Je crois que j'ai saisi!

Je relis ce que j'ai fait, et plusieurs me sautent aux yeux, c'est vrai que cela n'a pas sa place du tout dans quelque chose qui se veut " être du neuf".

Je vais réexaminer le tout, et le réchauffé va prendre le bord.

Merci pour ce truc qui me sera très utile! Very Happy
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Laurencja
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MessageSujet: Re: Petit texte   23/1/2006, 20:32

Tombée par hasard sur ton texte... J'ai horreur de lire à l'ordi, et là j'ai été "prise" study
Horriblement déçue à la fin, car comme Jipi je croyais que c'était une nouvelle Wink Ouf, je suis rassurée, c'est tout un livre!
J'aimerais beaucoup le lire, maintenant que le destin de l'institutrice me poursuit inlassablement ... :drunken:
Si tu suis les conseils de Jipi, ce sera encore mieux!

Bonne continuation!
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Laurencja
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MessageSujet: Re: Petit texte   23/1/2006, 20:33

Et tiens-nous au courant !
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Papillon
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MessageSujet: Re: Petit texte   23/1/2006, 21:41

Merci Laurencja pour ton appréciation, ca fait chaud au coeur!

Jipi est de très bon conseils, je les suis à la lettre. Je suis rendu au chapitre 31 dans ma correction et avoir 1$ pour chaque cliché que j'ai jeté à la poubelle, je pourrais payer le resto à une partie des membres du forum ici, même du vin serait à l'honneur. voilà balançoire

" Le destin de l'institutrice" !

Hummm...Elle est chanceuse d'être dans le livre, elle y trouve le grand amour, la tite torrieuse. coucou

@+
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Papillon
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MessageSujet: Re: Petit texte   23/1/2006, 23:10

Laurencja a écrit:
Et tiens-nous au courant !

Je n'y manquerai pas. Dès qu'il sera en ligne, le printemps sera sûrement arrivé, je le dirai.

J'ai par contre, un peu peur qu'il soit dérangeant ce livre, parce que j'y écrit des choses que je n'ai jamais dit encore. Je me suis juré que la personne qui le lira, ne l'oubliera jamais de sa vie. :oops:

Lorsque j'aurai terminé la correction, s'il y a un volontaire pour le lire et me donner son avis, sa critique, je lui ferai parvenir par voie électronique.

Je sais que c'est gavant comme c'est pas possible de lire à l'écran, je le fais à chaque jour dans ce bouquin, jusqu'a ce que les yeux me sortent des orbites. :cyclops:

On en recausera! coucou
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