Passion des mots

Forum culturel
 
AccueilCalendrierFAQS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Les écrits d'Agnès Ruiz

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
agnes R

avatar

Nombre de messages : 28
Localisation : Montréal Qc Canada
Date d'inscription : 23/12/2005

MessageSujet: Re: Les écrits d'Agnès Ruiz   1/2/2006, 02:53

Il me plaît de vous lire en tout cas... Même si les sujets débordent parfois, ils m'étirent des sourires... Nous ne sommes pas fait de bois, après tout!

Voici à présent, je vais vous livrer un extrait de mon second roman dont je vous ai parlé plus tôt, l'ombre d'une autre vie...

EXTRAIT :
Le bébé pleurait dans son petit lit laqué blanc. Son visage était rouge en raison de ses cris incessants. Dans une autre pièce située au fond du couloir, sa mère reprit courage et asséna un violent coup à son assaillant, qui recula de surprise. La femme était à demi dévêtue. Du sang avait déjà séché au coin de ses lèvres tuméfiées, et son chemisier blanc, déchiré en plusieurs endroits, était maculé. De ses yeux abattus s'écoulaient deux larges rivières de larmes imprégnées de mascara noir.
- Pitié... Laissez-moi... Prenez tout ce qui a de la valeur et partez... Mon bébé, s'il vous plaît, je dois m'occuper de mon bébé...
La voix n'était plus qu'un sanglot profond. La jeune femme avait déjà maintes fois supplié les deux malfaiteurs qui s'étaient introduits chez elle, mais elle ne croyait plus guère en quoi que ce soit maintenant. Ils avaient abusé d'elle, chacun leur tour, en la rouant de coups. Elle n'avait pas pu aller une seule fois voir son bébé. Les deux individus semblaient d'ailleurs s'amuser de son désarroi. Elle n'en pouvait plus, elle était si lasse...
L'homme qui se trouvait en face d'elle avait des yeux fous. Sur son double menton se voyait encore la bave qui avait coulé durant le viol. Il n'avait même pas pris la peine de l'essuyer. Plein de haine, il jeta la femme sur le sol en criant :
- Tu as osé me frapper ! Attends un peu que je m'occupe encore de toi... T'as pas eu ton compte, on dirait.
En voyant la main levée qui s'apprêtait à la gifler une fois de plus, la jeune femme se recroquevilla en protégeant sa tête avec ses bras et laissa pleuvoir les coups. Peu après, son esprit fut envahi d'une brume épaisse et elle se sentit partir, comme si elle se détachait progressivement de son corps. Étrangement, elle ne ressentait plus rien... Elle eut alors une dernière pensée pour son bébé qui hurlait, puis elle perdit connaissance durant quelques secondes.
À ce moment-là, l'autre homme, au visage maigre et aux pommettes saillantes, revint dans la pièce. Ses cheveux bruns contrastaient avec la couleur singulière de ses yeux verts.
- Alors ! Qu'est-ce que tu fais, bon sang ? On y va ou quoi ? interrogea-t-il.
Son complice, plus petit mais très gras, regarda encore la jeune femme, puis tourna des yeux rieurs vers son ami. Il répondit d'une voix vicieuse :
- Ouais... C'est dommage pour elle... Si elle avait été moins résistante... on aurait peut-être pu avoir plus de plaisir !
- Laisse tomber ! C'est trop tard... On doit partir maintenant ! J'ai raflé tout ce que j'ai pu...
- Combien, dis ?
- Pas grand-chose, en fait... Cinquante !
- C'est tout ?
Le gros homme sembla très déçu.
- C'est tout, Virgil.
- Bon sang ! Je t'ai déjà dit plusieurs fois de ne pas m'appeler par mon nom quand on est sur un coup !
- Bah ! t'as pas à te faire de mouron, elle est inconsciente... Puis, avoue qu'on s'est quand même bien amusés... Quand l'homme du nom de Virgil haussa les épaules, son corps parut moins flasque une fraction de seconde.
Son ami, pensant à de la gelée, esquissa un sourire.
Il reprit bien vite :
- Et le gosse ?
- Quoi, le gosse ?
- Qu'est-ce qu'on en fait ?
- Rien du tout... Je le vois mal témoigner contre nous, si c'est vraiment ça qui te préoccupe.
- Ah ! ah ! ah ! T'as raison. Allez, viens, on se tire d'ici.
Peu de temps après, le téléphone se mit à résonner dans la maison. Les murs répercutèrent le son jusque dans la chambre du bébé, qui s'était brusquement arrêté de pleurer. Il était allongé sur le côté droit, les paupières à demi ouvertes. Il ne comprenait pas pourquoi des bras tendres n'étaient pas venus le prendre comme d'habitude. Épuisé, il finit par s'endormir, les joues couvertes de larmes séchées et le ventre vide.
Quelques instants plus tard, la sonnerie de la porte d'entrée retentit, sortant brutalement l'enfant de son sommeil. Il se remit à pleurer, criant par à-coups cette fois.
À l'extérieur, une vieille femme se tenait sur le seuil, l'oreille aux aguets. Elle appuya de nouveau frénétiquement sur la sonnette et attendit. Malgré ses soixante-dix-huit ans, madame Auton avait clairement entendu les cris de l'enfant. Elle ne comprenait donc pas pourquoi Alicia, sa gentille voisine, ne venait pas répondre. Elle savait qu'elle était là puisque le bébé y était. Nul besoin d'y réfléchir à deux fois, la mère n'aurait jamais laissé seul son petit garçon. La vieille femme commençait à s'inquiéter sérieusement. Elle osa tourner la poignée de la porte, mais se rendit très vite compte qu'elle était fermée à clé. Elle décida donc sans plus attendre de faire le tour... "Peut-être que la porte arrière est ouverte... songea-t-elle. Alicia a peut-être eu un malaise ! Qui sait ? La pauvre petite, seule avec un si jeune enfant... Ce n'est pas toujours facile..."
Elle s'avança d'un pas alerte et sentit l'angoisse serrer son cœur quand elle vit un carreau brisé à la porte entrouverte.
- Oh ! mon Dieu !
Madame Auton recula aussitôt, portant la main à sa bouche. Elle percevait du danger et hésitait à franchir la porte qui donnait sur la cuisine. Que pourrait faire une vieille femme s'il fallait intervenir ? Elle réfléchit rapidement et entreprit d'entrer malgré tout dans la maison plongée dans la pénombre. Elle entendait sa propre respiration siffler.
Soudain, une nouvelle série de pleurs lui fit comprendre que le bébé était à l'étage... Elle n'avait jamais eu la chance d'avoir un enfant, mais elle savait qu'il s'agissait de plaintes inhabituelles chez le petit Benjamin qu'elle côtoyait si souvent. Cela lui donna du courage pour avancer.
Madame Auton tâta le mur afin de trouver l'interrupteur. La lumière jaillit. Dans la cuisine, il régnait un désordre pour le moins inaccoutumé. La vieille femme resserra son châle autour de ses épaules et décida de monter directement à l'étage. Elle actionna aussitôt le commutateur qui éclairait normalement la cage d'escalier, mais rien ne se passa. De façon énergique et précipitée, elle manipula alors le bouton plusieurs fois de suite de bas en haut. De toute évidence, l'éclairage ne fonctionnait pas, ce qui était loin de la rassurer. Mais elle entendait l'enfant pleurer. Elle s'arma donc d'une autre dose de courage et commença à gravir les marches dans l'obscurité.
L'escalier de bois craqua sous ses pas.
Comme pour essayer de se rasséréner, elle décida d'appeler sa voisine à haute voix. Elle posa sa main tremblante sur la rampe et jeta :
- Alicia... Alicia ? c'est moi, madame Auton... Alicia, êtes-vous là ? Répondez-moi, s'il vous plaît !
Elle ne reçut aucune autre réponse que les pleurs de l'enfant qui semblait s'épuiser.
La vieille femme continua de monter sans plus tergiverser, certaine que quelque chose de terrible était survenu. Elle sentait ses poils se hérisser sur ses bras et, sans la détresse évidente de l'enfant, elle serait certainement repartie sans hésiter. Mais là, elle ne pouvait pas se le permettre... Elle n'en avait pas le droit ! Les cris de Benjamin l'aidaient à continuer. C'était son but, sa raison d'être là.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.agnesruiz.com
marie chevalier
Membre
Membre


Nombre de messages : 1135
Date d'inscription : 14/12/2005

MessageSujet: Re: Les écrits d'Agnès Ruiz   1/2/2006, 13:12

Vraiment envie d'en savoir plus ! Merci de nous avoir mis l'eau à la bouche du moins à moi ! je te contacte par mp !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Les écrits d'Agnès Ruiz
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Agnès Grey
» [Desarthe, Agnès] Dans la nuit brune
» [Michaux, Agnès] Le Témoin
» [J'ai Lu] Le Témoin d'Agnès Michaux
» MARINA, de Carlos Ruiz Zafón

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Passion des mots :: Forums de discussions :: Les écrits de nos membres-
Sauter vers: