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 Les écrits de Marija

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Jipi
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MessageSujet: Les écrits de Marija   26/12/2005, 15:12

Marija vous parlera avec plaisir de ses oeuvres dans ce topic. Elle a, me dit-elle, achevé un premier roman et elle s'occupe, pour le moment, de son second roman ! Elle se fera un plaisir de parler de son écriture, de répondre à vos questions, voire de nous livrer l'un ou l'autre extrait.

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Marija

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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   26/12/2005, 15:27

Merci Jipi Wink C'est toujours un peu intimidant de se lancer tout(e) seule, en tout cas pour moi, grande timide et très réservée...

Je reconnais certains noms ici du site du Portail/Ixcea qui savent donc que j'écris surtout dans le genre Horreur/Fantastique. Sinon, des nouvelles sont présentes sur mon site perso : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Je ne sais pas trop d'où me vient cette passion pour le genre, sans doute que cela fait office d'échappatoire pour mes démons personnels. L'écriture est un outil efficace sur l'instant mais pas sur la longueur. Je veux dire par là que l'on entend souvent que l'écriture est une forme de thérapie mais le but d'une thérapie est de guérir. En ce qui me concerne, je n'ai pas l'impression de guérir de mes souffrances mais l'écriture les rend vivables.

Il y a presque 7 ans, j'ai perdu un petit garçon 2 jours après la naissance. Cette souffrance a agi comme un catalysateur qui a libéré l'écrivain en moi. J'ai écrit un livre pour mon fils mais je ne sais pas si j'ai envie qu'il soit publié. Beaucoup de mes nouvelles tournent autour du sujet de perdre son enfant ce qui est aussi le cas de mon premier roman, L'Homme Innocent. Voici le résumé :

L’enfant d’Adèle Lahaye est enlevé et présumé mort. Louis Ferrand est le dernier à avoir vu le garçon en vie, mais c’est un homme sans histoires, innocent de ce dont on l’accuse. Psychologiquement fragile, Adèle ne peut accepter que Louis soit relâché et que personne ne paie pour le crime. Elle va désormais s’acharner sur Louis afin de découvrir la vérité qu’elle est persuadée qu’il détient, rendant leurs vies un véritable enfer. Les années vont passer ainsi et suite à une tentative de suicide d’Adèle, Louis va l’accueillir chez lui. Leur cohabitation se passe tant bien que mal et puis un beau jour, 25 ans après le drame initial, le véritable tueur se rend à la police, Adèle voyant là sa dernière chance de se venger.

Il sera disponible sur manuscrit.com très bientôt (j'espère) et j'ai vraiment hâte de le tenir dans les mains sous forme de livre !

Mon 2è roman est en cours d'écriture et cette fois, il s'agit d'une histoire d'horreur psychologique. Un peintre, David Ness, a perdu sa femme et son enfant dans un accident causé par lui-même. Il a une personnalite dite schizoïde et le livre raconte sa descente aux enfers causée par sa culpabilité et sa personnalité (incapable d'aimer, solitaire, torturé...) où il sera hanté par les visions zombiesques de sa femme et son enfant.

Je travaille également sur un recueil de nouvelles autour du thème "Mère" (oui, c'est un sujet qui me travaille, étant adoptée et ayant de très mauvais rapports avec ma mère adoptive), toujours dans le genre horreur psychologique.

Ouf, ça fait beaucoup d'un seul coup, j'espère ne pas vous décourager... Je reviendrai répondre à vos questions (si vous en avez...) et parler un peu de ce qui me passe par la tête.

Wink
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marie chevalier
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   26/12/2005, 16:53

Bonjour Marija! hâte d'en savoir plus ! Very Happy
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Marija

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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   27/12/2005, 13:00

Voilà, mon roman est en ligne Wink

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Oups... Ce n'est pas un lien direct, il faut faire une recherche avec L'homme innocent.
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marie chevalier
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   27/12/2005, 13:27

d'accord on va se débrouiller ne t'inquiète pas sunny
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Jipi
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   29/12/2005, 21:38

Merci Marija pour le descriptif de ton oeuvre. Tu parles aussi de nouvelles !
Tu peux en placer une ici si tu le souhaites ?

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Marija

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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   30/12/2005, 17:26

D'accord. Je vais en mettre une récente alors, inspirée d'un coup bas assené par des gens que je croyais être des amis...


LE PROCES


La femme est accroupie au fond de la cellule. Elle ne sait pas pourquoi on l’a enfermée dans ce trou noir et puant, ni ce pour quoi elle va être jugée. Sa vie ne comporte rien de pire que celle d’un autre, ses actes n’ont rien de plus répréhensible que ceux de son prochain. De toute façon, peu importe. Un groupe de juges régit désormais dans la communauté sans que personne ne puisse y opposer une quelconque résistance. On ne sait pas au nombre de combien ils sont ni d’où ils viennent, seulement qu’ils ne connaissent aucune forme de pitié. Les rumeurs relatant les condamnations ont plongé la population entière dans l’effroi. Ici, on parle de corps vivants déchiquetés par des animaux sauvages ; là, de pendaisons par les pieds, le corps se vidant de son sang par gouttes d’une entaille dans l’artère du cou ; ou encore de crânes éclatés par la force brute d’un dispositif en fer – et tout cela pour le simple amusement des Juges.

Au loin résonne le claquement lourd d’une porte de cellule. L’écho se répète plusieurs fois, supposant un lieu immense. Un hurlement terrifié parvient jusqu’aux oreilles de la femme qui gémit et serre les bras autour de ses genoux repliés contre sa poitrine flasque. Elle a froid et faim. En cinq jours, elle a mangé cinq fois la même chose : Un bol d’eau et deux tranches de pain rassis. Elle ne voit jamais ses gardiens, la pauvre subsistance se trouve tous les matins par terre, juste à l’intérieur de la cellule. Bien qu’elle se méprise de se sentir aussi soumise, elle se jette dessus avec toujours la même voracité. Pourtant, elle se dit qu’il vaut mieux y aller doucement et, pourquoi pas, garder une tranche de pain pour plus tard. Mais la sensation de faim est atroce et pince les parois de sa cavité abdominale comme des tenailles en acier. Impossible de s’y habituer.

Une crampe durcit son mollet droit. Elle desserre son étreinte en émettant un sanglot plaintif, pose le pied contre le mur et pousse de toutes ses forces. Mais il est trop tard, la crampe envoie des vagues de douleur insupportables dans toute la jambe. La femme serre les dents et se recroqueville en attendant que ça passe. Lorsque la crampe disparaît enfin, le soulagement intense est directement proportionnel à la souffrance. Sa respiration se calme, son corps se détend. Elle ferme les yeux et se laisse envahir par une sérénité que ce lieu seul ne saurait inspirer à quiconque.

Des images se forment devant son œil intérieur – elles défilent, se surimposent, s’arrêtent quelques instants comme pour la laisser savourer le souvenir passé. Il y a là ses parents, souriants, lui présentant un gâteau d’anniversaire en forme de gros cœur rose plein de chantilly ; elle voit son frère avec sa femme et leurs enfants sur la plage où ils l’avaient emmenée ce jour d’automne magnifique ; quelques amoureux sans importance ; des amis perdus de vue et puis les images deviennent plus rares, moins évocatrices, simples, voilées. Fondu au noir.


La porte de la cellule s’ouvre, des hommes entrent. Ils empoignent les bras de la femme et la traînent hors de là. Elle était endormie et se croit dans un cauchemar jusqu’à ce que le sol en pierre lui écorche les genoux, les tibias, le dessus de ses pieds. Elle tente de se mettre debout mais ils ne lui en laissent pas l’occasion. Elle hurle sa douleur, on l’ignore. Ils s’approchent d’une grande porte qui s’ouvre sans un bruit. Les hommes la laissent tomber comme un sac poubelle aux effluves repoussantes et disparaissent en silence. La porte se referme derrière eux, elle est de nouveau seule.

Ses membres inférieurs lui font souffrir. Elle les touche du bout des doigts et réprime un cri. La peau est écorchée jusqu’au sang, la douleur envoie des pulsations sourdes jusqu’aux hanches. Les larmes coulent de nouveau sur son visage et elle se laisse enfin aller à exprimer sa frustration dans un hurlement terrible qui résonne dans la salle. Elle se demande si quelqu’un l’observe. Et alors ?

Peu à peu, ses yeux s’habituent à l’obscurité et elle tente de se mettre debout. Avec grand peine, elle y arrive et avance jusqu’à une ombre plus solide que d’autres. Elle tâtonne : une chaise ordinaire. A côté, une autre. Une rangée entière, même. Devant, c’est pareil. Et les rangées se répètent. Elle s’arrête brusquement, un frisson glacial la parcourant de la tête aux pieds. Se trouverait-elle au Tribunal ?

- « Oh non non non, pas déjà, pas déjà, pas moi… »

Ses murmures se perdent dans un sanglot désespéré, son seul interlocuteur les ténèbres silencieuses.

Soudain, des projecteurs s’allument avec un claquement sec. Elle retient sa respiration et lève la tête, affolée.

- « Avance ! » tonne une voix.

Elle regarde partout, il n’y a personne. Mais là-haut, dans un coin de la pièce se trouve un haut-parleur. Elle s’en approche.

- « Avance jusqu’à la barre devant les trois chaises qui te font face ! »

La voix est écrasante, humiliante. Elle obéit, tremblant de la tête aux pieds. De toute évidence, ils peuvent également la voir.

Après quelques minutes silencieuses, une porte s’ouvre sur sa droite et trois personnes entrent. Ils portent tous une cape à capuche identique, on dirait des moines de l’enfer. Ils s’arrêtent devant les trois chaises et prennent place en même temps. La femme n’ose pas bouger ni même respirer. Leurs chaises ressemblent davantage à des trônes avec leurs dossiers hauts et les gravures délicates. Ils ont l’air de s’y sentir tout à leur aise. Le Juge du milieu lève un peu la tête et prend la parole.

- « Je suis le Juge Caril Eris. A ma droite, le Juge Seth Lonsdale et à ma gauche, le Juge Jake Connor. Tu n’es rien, tu ne parles pas sauf si on te pose une question et tu ne nous regarde pas. »

- « Mais je - »

- « SILENCE ! »

Que faire d’autre ? Dès l’entrée de ces personnes, sa volonté propre avait cessé d’avoir aucune signification. La rage et la frustration bouillonnent au fond d’elle, ses mains agrippent la barre, ses ongles s’enfoncent dans le bois et la douleur lancinante l’empêche de réagir comme elle l’aurait fait d’ordinaire : Crier, hurler, se battre pour sa défense. Mais ici, rien n’est normal et personne ne l’écouterait. Le Juge Eris reprend la parole.

- « Plusieurs accusations ont été portées contre toi. Tu vas en prendre connaissance d’ici peu. Peu importe ce que tu en penses, tu n’es pas là pour te disculper. »

La femme lève la tête, la stupéfaction évidente sur son visage.

- « On ne peut pas - »

- « TAIS-TOI ET BAISSE LES YEUX ! »

La voix résonne dans la salle et l’écho disparaît. Elle fait de nouveau ce qu’on lui ordonne. Une profonde tristesse agrippe ses entrailles, forçant les larmes dans ses yeux. Elle serre les dents et refuse de montrer sa faiblesse.

- « Voici une liste des accusations portées contre toi. »

C’est une nouvelle voix, plus douce, presque amicale. Elle ose un regard en coin. Le Juge Seth Lonsdale s’est levé et tient une feuille de papier dans la main gauche.

- « Délation. Insultes. Mauvaise foi. Manque de sincérité. Mensonges. Hypocrisie. Vanité. Hystérie. Amertume. »

Chaque mot dégouline de mépris, le sentiment de supériorité humaine des Juges évidente avec chaque syllabe prononcée. La femme est abasourdie. Mais d’où sort cette liste ? Ne sont-ce pas de simples émotions qu’expriment tout un chacun à tel ou tel moment dans sa vie ? Personne n’est parfait, parfois la colère ou la déception peut faire dire les pires choses que l’on ne ressent pas au fond de soi pour autant. Tout dépend des sentiments que l’on a envers les gens qui nous blessent. Et quel mal y a-t-il à penser à soi, à se protéger des coups durs ? Qui pourrait nous blâmer de devenir méfiant par la suite, d’en vouloir à ceux qui continuent à frapper lorsqu’on est à terre ? Elle a presque envie de rire devant autant de bêtise et d’égoïsme.

- « Que plaides-tu ? »

Nadine n’en croit pas ses oreilles. Peut-on plaider coupable de n’être qu’humain ?

- « Réponds ! »

Le Juge Eris s’impatiente. On dirait qu’il n’attend qu’une seule chose, de prononcer la sentence. Elle lève les yeux sur lui avec un sourire provocant.

(à suivre... ce post dépassait la longueur autorisée)
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Marija

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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   30/12/2005, 17:27

(suite)

- « Non coupable, votre horreur. »

Elle peut presque entendre la rage bouillonner au fond de lui et s’attend à une nouvelle exaction facile qui ne vient pas. Le silence s’éternise. La voix de Seth Lonsdale s’élève de nouveau.

- « Tu ne peux pas plaider non coupable à ce dont on t’accuse. »

- « Alors pourquoi me posez-vous la question ? »

- « Parce que c’est la loi. »

- « Pas la vôtre, en tout cas. »

- « Ca suffit, tais-toi ! » Eris se mêle de nouveau à la conversation. « Tu n’es pas là pour donner ton opinion mais pour nous obéir. Tu as été accusée, tu es forcément coupable ! Juge Lonsdale, poursuivez. »

- « As-tu déjà dit du mal de quelqu’un ? »

Nadine ne répond pas.

- « As-tu déjà dit du mal de quelqu’un ? »

Elle se met à siffloter.

- « Qui ne dit mot, consent. »

De mieux en mieux, pense-t-elle.

- « Tu ne crois quand même pas que ton silence te sera d’un quelconque secours ? »

Nadine plante son regard directement dans le sien. Pendant un bref instant, elle a l’impression de chavirer, le souffle coupé par la sensualité naturelle de cet homme dont la soumission à son supérieur est entière. Tout à coup surgit un sentiment de fierté personnelle émanant du fond de son être, là où réside la sincérité. La crainte de ses hommes finalement ridicules dans leur propre vanité surdimensionnée se dissipe doucement et elle esquisse un sourire.

- « Connaissez-vous même mes nom et prénom ? »

- « SILENCE, ON T’A DIT ! »

- « Je m’appelle Nadine - »

- « SILENCE ! »

- « Nadine Masters, j’ai 34 ans, je - »

Le Juge Caril Eris bondit de sa chaise. Il s’approche de Nadine en poussant un rugissement sauvage et abat ses mains sur la barre de chaque côté des siennes. Elle a un mouvement de recul instinctif mais est bien déterminée à lui faire face.

- « J’ai 34 ans, je travaille en tant que - »

- « TU N’ES RIEN ! »

- « - journaliste dans un - »

- « TU N’AS AUCUNE IMPORTANCE ! »

- « - magazine féminin, je suis - »

- « TU DOIS M’OBEIR ! »

- « - célibataire, je vis - »

Un énorme coup frappé à sa tempe droite lui fait perdre l’équilibre. La force quitte ses jambes, elle s’agrippe à la barre comme si c’était une bouée de sauvetage au milieu d’un typhon et s’efforce de rester droite. Le voile devant ses yeux se lève et elle voit le Juge Jake Connor, silencieux jusque là, devant elle, son bras gauche tremblant encore du coup qu’il lui a assené. Quelque chose de chaud chatouille l’intérieur de son oreille, déborde et goutte sur son épaule. Elle risque un regard et voit un mince filet de sang couler avec lenteur sur le haut de son bras. Nadine fixe le Juge Connor avec fierté.

- « Montrez-vous. Enlevez ces capuches ridicules. »

Un deuxième coup atteint sa mâchoire gauche. Le Juge Caril Eris n’est pas avare de brutalité gratuite non plus. Cette fois, des cloches résonnent dans sa tête et elle a l’impression que toutes ses dents flottent librement dans sa bouche. Elle crache un mélange de sang et de salive à la figure d’Eris. Il ne bouge pas mais son immobilité tient plus de la surprise qu’autre chose. Il hésite une fraction de seconde avant de lever la main et c’est tout ce qu’il faut à Nadine. Sans réfléchir, elle contourne la barre avec la rapidité d’un serpent qui frappe et se jette sur le Juge Eris sans hésiter. D’un mouvement brusque, elle arrache la capuche. La cape tombe toute seule et elle manque éclater de rire à la vue du petit homme ridicule qui se cache en-dessous. Maigre et ridé, le crâne chauve rehaussé de rares touffes de couleur indéfinie, il est laid comme un crapaud irradié et a visiblement peur de son assaut. Il recule et se place derrière ses deux compagnons, les poussant dans la direction de Nadine avant de se retourner et de fuir comme le lâche qu’il est. La femme ne retient plus son rire qui accompagne le déserteur jusqu’à la sortie et résonnera sans doute encore longtemps dans sa tête. Le Juge Caril Eris n’a jamais été aussi humilié de toute sa vie.

Seth Lonsdale empoigne les bras de Nadine et tente de la repousser derrière la barre mais elle n’a aucun mal à lui résister. Il ne semble pas être du genre à avoir recours à ses poings, se fiant plutôt à sa capacité d’orateur.

- « Tu es ici en tant qu’accusée, ce n’est pas à toi de conduire ce procès. On n’a pas fini, remets-toi en place ! »

Sa voix est toujours aussi douce mais également ferme, ne supportant aucune contradiction. Nadine hésite quant à ses chances de réussite. Jake Connor frappe fort et elle n’a aucun doute quant au résultat. Les pensées traversent son esprit à cent à l’heure tandis qu’elle retourne lentement à sa place initiale. Elle se sent bien, forte, capable de leur résister finalement. Lonsdale reprend la parole.

- « Tu n’as pas le droit de parler ni de bouger tant que le procès n’est pas fini. »

- « C’est quoi, la punition ? »

Une gifle brûlante l’atteint de la part de Jake Connor qui reste à ses côtés, telle une sentinelle sadique. Elle fait un geste brusque vers lui. Il recule. Elle émet un rire dégradant au possible.

- « TU AS SEULEMENT LE DROIT DE TE TAIRE. »

Seth Lonsdale pense encore avoir le dessus. Elle lui fait un doigt d’honneur tout en crachant à ses pieds. Le Juge se fige de façon visible et reste immobile pendant de longues secondes. Puis il lève le bras et baisse la capuche, révélant son vrai visage. Autant le Juge Eris était repoussant, autant son bras droit est d’une beauté physique à couper le souffle. Brun, les cheveux courts, les yeux marron, des lèvres bien dessinées, un nez droit, une mâchoire carrée, un visage que l’on a juste envie d’admirer des heures durant. Nadine se surprend à éprouver des sentiments troublants à son égard, à presque avoir envie de faire tout ce qu’il lui ordonne pour le simple plaisir de le savoir satisfait d’elle. Il s’approche et s’arrête juste devant elle. Son odeur est exquise.

- « Ecoute-moi bien, sale petite garce. Les gens de ton espèce ne devraient pas avoir le droit de vivre. Tu es ici parce que nous l’avons décidé et personne n’est au courant de rien. En ce qui concerne le monde extérieur, tu es déjà morte. »

Et là, elle réalise qu’il est sans doute le plus dangereux des trois. Nadine se tait, elle n’a rien à dire pour l’instant. Malgré la peur revenue lui enserrer les entrailles, elle ressent une certaine curiosité de savoir jusqu’où ils vont aller.

- « Tu vas répondre à mes questions et rien d’autre, compris ? »

D’un coup, une énorme fatigue la submerge, toute capacité de résistance fondant comme la ferraille sous les flammes. Son corps entier tremble, le vertige la gagne, sa vision se trouble et elle s’évanouit.


Elle court, elle court plus vite qu’elle ne l’a jamais fait de toute sa vie, poussée par un sentiment grisant de liberté retrouvée, évitant les rochers qui dépassent ici et là des hautes herbes, elle court jusqu’à en perdre haleine, jusqu’à pleurer de la douleur lancinante causée par un point de côté, jusqu’à chanceler, jusqu’à tomber tête la première dans une flaque d’eau glacée. Le liquide s’insinue dans sa bouche, dans ses narines, dans ses yeux, dans ses oreilles, elle est incapable de respirer, de bouger, un poids pèse sur l’arrière de sa tête et soudain, elle est libre de nouveau. Elle prend une grande inspiration qui semble écorcher ses voies respiratoires et tombe lourdement en arrière, le sol rocailleux blessant ses lombaires.

- « Ca y est, t’es réveillée ? On peut continuer ? »

La voix est si claire qu’on dirait celle d’un petit garçon. Elle secoue la tête et regarde derrière elle. Un homme en uniforme militaire se tient là, un masque en plastique transparent sur le visage qui aplatit ses traits de façon à ce qu’il ressemble à une poupée grandeur nature. Il doit faire plus d’un mètre quatre vingt et son corps est massif, musclé sous le tissus tendu de son uniforme. Un petit caniche ridicule se tient à ses côtés, tremblant comme une feuille. Il émet un mélange entre gémissements et aboiements tout aussi pathétiques l’un que l’autre. Le grand homme se baisse et caresse son fidèle toutou.

- « Mais oui, mon petit Yiki, on va lui faire mal, hein, mon bébé, on va s’amuser un peu… »

Le grand homme se baisse, attrape Nadine par son t-shirt et la traîne jusqu’au mur. Il attache ses poignets et ses chevilles à un dispositif en bois en forme de X. Ses gestes sont lents, son air amusé. Il regarde Nadine droit dans les yeux, son haleine est fétide.

- « Il est temps de faire les présentation, je crois. Moi, c’est le Général. Ici, on m’obéit au doigt et à l’œil et tu ne seras pas l’exception. »

Les sens de Nadine se coupent l’un après l’autre, comme si on avait appuyé sur des boutons de contrôle. Elle ressent à peine la première douleur et certainement pas la dernière.



Nous déclarons l’accusée coupable.


-----FIN-----
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   30/12/2005, 20:32

Marija je veux m'en imprégner alors je l'imprime. je t'en parle demain
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Jipi
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   31/12/2005, 00:07

J'ai pris le temps... le temps de tout lire Marija ! Il m'est difficile de parler de ce texte très fort sur le plan émotionnel, car j'imagine la souffrance qui le traverse... Cette souffrance dont l'absurdité la plus totale rejoint toutes les absurdités de l'histoire et surtout l'horreur d'un pouvoir totalitaire quel qu'il soit ! La fiction rejoint ici la réalité d'une souffrance indicible dont la cause est liée au non-sens le plus absolu. Une fiction également traversée par la perte de valeurs fondamentales...

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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   31/12/2005, 13:27

Marija, j'ai lu ta nouvelle:

La montée de l'angoisse de cette femme qu va passer en jugement...sa peur puis soudain, sa fierté, son maintien, sa dignité face à la mort problable ... mais surtout dans un premier temps face à ces juges: comme dans la vie: un dur: un gentil et un autre, un peu les deux ! de qui devra-t-elle se méfier le plus?
elle est fière, elle est grande elle est superbe ton héroïne .
Merci Marija
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marija   2/1/2006, 16:39

Merci beaucoup, vos mots me touchent beaucoup pour des raisons très personnelles... :oops:

Wink
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