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 TRÈS BONS POLARS : LISTE ET COMMENTAIRES

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Jipi
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MessageSujet: TRÈS BONS POLARS : LISTE ET COMMENTAIRES   16/11/2016, 23:03

1) Vous trouverez d'abord une simple liste d'excellents polars (classement par ordre alphabétique) (j'utilise le terme polar comme terme générique pour une multiplicité de catégories :  roman policier, thriller, roman noir, etc) qui offrent à la fois une fiction et une écriture de qualité (celle-ci lui permettant à certains polars de n'avoir rien à envier aux autres romans).

J'élimine une grande majorité de polars (ils ne figurent pas dans ma liste) qui n'offrent aucun intérêt sur le plan de l'écriture (ils sont mal écrits ou dénués d'intérêt sur le plan narratif) et qui n'offrent qu'une fiction convenue (aux ficelles nombreuses) et privée de sens.

Cette liste sans commentaires me facilite également la tâche, car elle me permet de répondre facilement aux personnes me demandant de leur fournir des ouvrages de qualité dans le genre en question (une petite analyse pour chacun de ces polars figure dans un autre sujet consacré aux mêmes polars).

Cette liste se complètera au fil des mois.


2) Plus bas vous trouverez un petit commentaire pour chaque polar mentionné dans la liste..








CASCO BAY de William G. Taplly (États-Unis)

CLOUER L'OUEST (Séverine Chevalier)

CROCS de PATRICK DEWDNEY (France)  

ENVOYÉE SPÉCIALE de Jean Echenoz (France)

ESPRIT D'HIVER de Laura Kasischke (États-Unis)

FIN DE CHASSE de Jean-Paul Demure (France)

GROSSIR LE CIEL de Franck Bouysse (France)

LA CINQUIÈME FEMME de Henning Mankell (Suède)

LA FEMME EN VERT de Arnaldur Indridason (Islande)

LA MEUTE DES HONNÊTES GENS (Laurence Biberfeld)

LA PUISSANCE DU DÉSORDRE de Pascale Fonteneau (France)

LE CHEMIN S'ARRÊTERA LÀ de Pascal Dessaint (France)

LE CONDOR de Stig Holmas (Norvège)

LE DERNIER LAPON de Olivier Truc (France)

LE MATÉRIEL DU TUEUR de Gianni Biondillo (Italie)

LES ARPENTEURS de Kim Zupan (États-Unis)

LE VERGER DE MARBRE d'Alex Taylor (États-Unis)

L'ÎLE DES CHASSEURS D'OISEAUX de Peter May (Grande-Bretagne)

L'INVENTION DE LA NEIGE d'Anne Bourrel (France)

SEUL LE SILENCE de R.J. Ellory (Grande Bretagne)

SIX FOURMIS BLANCHES DE Sandrine Colette (France)

UN  PIED AU PARADIS de Ron Rash (États-Unis)

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Jipi
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MessageSujet: Re: TRÈS BONS POLARS : LISTE ET COMMENTAIRES   23/11/2016, 16:42

CASCO BAY de William G. Tapply (américain).

Le héros me ressemble un peu...
Superbe polar naturaliste qui m'a envoûté !

Découvert chez Gallmeister : très bel éditeur de la littérature américaine et surtout livre agréable à lire sur le plan du format et de la typographie.



CLOUER L'OUEST de Séverine Chevalier (France)

Livre paru dans la belle collection Territori de l'éditeur La Manufacture de Livres. Collection et éditeur trop discrets : je suis en train de  découvrir de grandes choses dans cette collection (déjà le remarquable « Grossir le Ciel » de Franck Bouysse) et chez cet éditeur.

« Clouer l'ouest ». Superbe paronomase offerte par ce titre. Roman noir magistral qui nous surprend d'abord par les qualités littéraires de son auteur. Livre à déguster lentement pour en découvrir toutes les saveurs stylistiques. L'écriture est ciselée, brillante, tellement personnelle, voire déroutante, qu'elle marque l'esprit du lecteur.

Karl revient chez dans son village après vingt années d'absence. Une petite fille qui ne parle pas l'accompagne : Angèle.
Le choc des retrouvailles sera brutal, violent. Karl retrouve le père, la mère, le frère, l'oncle. L'auteur détruit les stéréotypes de la belle famille, des beaux sentiments. On est dans le noir absolu comme cette bête énorme que l'on cherche à abattre, comme les arbres toujours sombres, comme ces coeurs haineux qui vivent dans la rancune et la méchanceté.  On est aussi dans le blanc de la neige. Comme on est parfois dans le silence des non-dits ou dans les petits phrases lourdes qui pèsent des tonnes. La nature est hostile comme la plupart des membres de la famille engoncés entre les murailles de leur égoïsme ou de leur indifférence. Il doit y en avoir eu des souffrances pour plonger ainsi les personnages dans les ténèbres.

« Longtemps je ne me préoccupais pas de la scène blanche. Elle me hantait en sourdine et je faisais taire ses murmures, ou les laissais cogner, légers, aux parois d'une minuscule boîte, enfouie au plus profond de moi. Les bourdonnements de l'extérieur remplissaient leur office de fossoyeurs efficaces, diligents. je ne savais pas qu'alors, les cadavres refusaient de se décomposer. » (extrait du roman).



CROCS de PATRICK DEWDNEY (France)  

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Livre paru dans cette magnifique collection Territori à La Manufacture de livres.

Sur le plan de mes seules préférences (je ne parle donc pas de la qualité du livre !), je ne mets pas la meilleure note globale à ce roman et pourtant c'est un roman noir magnifique sur le plan de l'écriture.
Il faut accepter la patience, la lenteur et la difficulté d'accès si l'on veut plonger dans cet ouvrage.
Histoire d'une errance mystérieuse à travers la nature limousine.
J'ai nettement l'impression que c'est l'écriture (magistrale ! Rarement vu un tel talent littéraire dans la catégorie qui nous occupe) qui domine le jeu, comme si la narration l'emportait nettement sur le plan de la fiction, comme si l'écriture était le moteur de la fiction. Très interpellant en tous les cas.
Bref, dérangeant, marquant, parfois insoutenable.

Je l'avoue... je fus quelque peu perturbé !



ENVOYÉE SPÉCIALE  de Jean Echenoz (France)
(Éditions de Minuit)

Polar burlesque. Roman d'espionnage délirant. L'intrigue est palpitante, mais les actions des personnages paraissent vaines. La mission des héros  est commanditée par des responsables désorganisés qui ne semblent pas toujours savoir ce qu'ils font : le lecteur, mené en bateau, rit souvent et un sourire quasi permanent flotte sur ses lèvres.

L'intrigue est fondamentalement secondaire. Le plus souvent, on ne résume d'ailleurs pas un récit de Jean Echenoz. Comme dans tout roman offrant une recherche basée en grande partie sur le plan narratif, ce roman est, pour reprendre l'expression de Jean Ricardou (un des théoriciens du Nouveau Roman), l'aventure d'un écriture plutôt que l'écriture d'une aventure encore que dans le cas présent les deux aspects se côtoient dans une sorte d'équilibre.

Dialogue avec le lecteur, mise en évidence du narrateur omniscient, ironie constante, énumérations qui prêtent à sourire, survalorisation de l'insignifiant, réflexion de l'écriture sur l'écriture, utilisation occasionnelle d'un vocbulaire qui semble émaner des habitants d'un autre monde, insertion de très courts passages pédagogiques...

La liste serait longue si l'on devait analyser tout le travail stylistique de Jean Echenoz qui a pris du plaisir à écrire son roman pour nous offrir un très grand bonheur de lecture.



ESPRIT D'HIVER de Laura Kasischke (États-Unis)

« Thriller mental asphyxiant » dit avec justesse un critique.

Un couple a adopté leur fille il y a quinze ans. La mère est seule avec sa fille et attend les invités (famille) pour le repas de Noël. La neige semble bloquer tous les accès. Le malaise s'installe et se développe.

Unité de temps, de lieu et d'action.

Belle écriture obsessionnelle avec ses thèmes récurrents comme de petits détails qui semblent sans importance : un régal pour les sémanticiens, structuralistes et philologues divers ! On y parle souvent du blizzard, du téléphone, des couleurs, des poules... Le quotidien devient cauchemar. Et ce quotidien inquiétant devient le terreau de thèmes plus profonds liés au passé, à l'adoption, aux relations familiales, à la folie, à la maternité, à l'écriture (et à la page blanche), etc.

« Esprit d'hiver, le dernier roman de Laura Kasischke, est une stupéfiante incursion dans l'âme humaine, servie par une merveille de mécanique romanesque. » (Laurence Houot). Pour l'art de la construction romanesque, on en attend pas moins d'une femme qui enseigne l'art du roman à l’université d'Ann Arbor !



FIN DE CHASSE de Jean-Paul Demure (France).

Après le très bon et très bien écrit Six fourmis Blanches de Sandrine Colette, voici une excellente découverte à la fois sur le plan littéraire et thématique. Ce roman de Jean-Paul Demure évoque dans son roman noir le monde de la paysannerie  où la solitude excessive est parfois source de destruction. Atmosphère étouffante dans la montagne ardéchoise. Tragédie âpre où les gestes et le non-dit, parfois lourd de secrets, sont les détonateurs d'une certaine forme de cruauté. Petit bijou d'un auteur discret. Grand prix du roman noir français au festival de Cognac.



GROSSIR LE CIEL de Franck Bouysse (France)

Ce roman de Franck Bouysse est un excellent exemple de l'extension actuelle du terme « polar ». Ce roman, qui se déroule dans les Cévennes (j'avais l'impression de revoir les personnages du magnifique film de Depardon : La vie moderne), offre une écriture personnelle hautement stimulante : on oscille entre le parler des paysans, le langage poétique, la langue des officiels. Très beau roman sur la solitude et surtout le silence. Les deux personnages principaux sont des taiseux (ne pas oublier le rôle du chien Mars !) : ils vivent dans leur univers, dans deux fermes perdues dans la nature, éloignés du bruit, aux sources d'un monde qui ne connaît pas l'autre monde. Et pourtant, dans cette terre du silence, vont surgir les souvenirs douloureux, l'âpreté et même la violence. On n'oubliera pas la tension palpable entre les deux hommes, la neige et le froid, la tragédie latente puis explosive. Comme le disait un critique on n'est pas loin des excellents Ramuz et Chessex. Un univers rude et fulgurant. Sombre et poignant. On est en face d'un véritable auteur.



LA CINQUIÈME FEMME de Henning Mankell (Suède).

«La Cinquième Femme passionne par la subtilité de son intrigue et de ses personnages, bouleverse par son humanité, dérange par la profondeur de son regard.» Télérama

Violent. Des meurtres horribles dans une atmosphère glaciale. L' intrigue policière est moins importante.
Primauté accordée à une psychologie fouillée : les réflexions des personnages sondent l'âme humaine.



LA FEMME EN VERT de Arnaldur Indridason (Islande).

« Un os humain est mis au jour par un enfant dans une banlieue pavillonnaire de Reykjavik. Le cadavre pourrait être enterré là depuis la dernière guerre.»

Enquête  qui mêle plusieurs récits et plusieurs époques.
Thèmes : l'histoire, la guerre,  la violence conjugale, l'enfance, l'appariement passé/présent et surtout la mémoire.
Grande force psychologique. Troublant, prenant, intelligent.
Très beau récit à la vois violent et émouvant.



LA MEUTE DES HONNÊTES GENS de Laurence Biberfeld (France).

On est dans les Cévennes. En 1906, le patron de la filature, Lazare Volquès, est retrouvé égorgé. Au même endroit, un siècle plus tard, le maire du village, Gérard Volquès, est retrouvé la gorge tranchée. Polar noir, social et rural.  
Ce roman nous permet surtout de découvrir l'atmosphère villageoise liée à ces deux époques, les conditions de travail pénibles des ouvriers (surtout des femmes) considérés pratiquement comme des esclaves. Et ce sont ces gens-là qui sont souvent considérés comme les coupables par la meute des honnêtes gens.
L'auteur, au-delà de son talent littéraire, nous révèle sa capacité à nous offrir des personnages complexes que l'on n'oubliera pas.



LA PUISSANCE DU DÉSORDRE de Pascale Fonteneau (France)

Franck Tussier est un spécialiste en physique, mais il aimerait que son talent soit utilisé, que son existence ne soit pas vaine.

Engagé dans une entreprise où il espère pouvoir exploiter ses connaissances, il va rapidement déchanter et il faudra désormais se méfier de Franck et de son esprit de vengeance.

Critique du système souvent dénué de sens, de la mise en valeur du paraître et du vide.

L'univers décrit par Pascale Fonteneau (française résidant à Bruxelles depuis plus de 40 ans) est froid et marqué par l'inutilité.

La mécanique développée dans ce roman, à l'écriture subtile, semble implacable.



LE CHEMIN S'ARRÊTERA LÀ de Pascal Dessaint (France)

Cinq tableaux. Vingt-huit chapitres. Chaque chapitre est en focalisation interne : les événements sont décrits avec le regard d'un des protagonistes (sept personnages au total). Les points de vue varient donc souvent tout au long du roman.

Roman noir, très noir. Le roman se déroule sur la côte du Nord (on peut imaginer Dunkerke).

Tous les personnages, habitant dans des zones de friche et d'industrie lourde, sont des fêlés par la vie qui ne leur a pas fait de cadeau.

Et ces personnages écorchés, qui s'entrecroiseront pour des raisons diverses, ont vécu ou vivront des histoires terribles.

« Pascal Dessaint nous décrit des hommes qui vivent hantés par leur passé, des hommes qui ont des plaies à l’âme, des plaies qui ne cicatrisent pas pour certains. Des blessures qui en entrainent de nouvelles, qui font de certains de ces hommes des salauds, d’autres des victimes… » (Stanislas Petrosky)

Sombre, suggestif, dérangeant, enragé.


Deux articles intéressants parmi d'autres :


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LE CONDOR de Stig Holmas (Norvège)

Roman désespéré et d'une force intense et déchirante. À partir de la confrontation entre deux hommes (Henry Richardson et William Malcolm) l'auteur nous fait voyager dans le passé parfois douloureux de William capable d'infliger la souffrance comme il fut lui-même victime de traumatismes. Souffrances diverses qui ont fait du personnage principal un poète renommé.
Ce roman sort du lot par sa construction, sa narration et la qualité de l’écriture de Stig Holmas.
« Un polar mélancolique et sombre, poétique et haletant à la fois ».



LE DERNIER LAPON de Olivier Truc (France)

Remarquable polar (refilé à mon épouse qui découvre à son tour ma liste et qui a adoré ce livre).
On est encore dans le haut de gamme du polar avec cette enquête se déroulant dans le milieu de la Laponie.
On découvre ces paysages, cette ambiance rude, ces rivalités entre clans, cette neige qui surgit et disparaît, ces temps de lumière réduits, une réflexion à la fois politique et sociologique. Très belle écriture.

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LE MATÉRIEL DU TUEUR  de Gianni Biondillo (Italie)
(Éditions Métailier)

L’auteur (milanais), diplômé en architecture, s’est consacré entièrement à l’écriture. Il est également l’ auteur d’essais sur Pasolini et Proust.
Il faut noter la remarquable traduction de Serge Quadruppani qui nous a déjà offert d’autres belles traductions.

Le roman commence comme il se termine. Par une description superbe, au lyrisme étonnant, de la brume qui envahit les pages… Entre ces deux descriptions, une enquête particulière à la construction remarquable, aux quatre coins de l’Italie, pour tenter de trouver et  d’arrêter un tueur redoutable originaire de l’Afrique.

On est étourdi par ce road-trip et cet étourdissement provient en premier lieu de cette quête qui semble interminable et qui nous envoie même en Afrique. En second lieu on est heureusement perturbé par le travail narratif : variété des langages utilisés par l’auteur (langage très trivial qui est celui des prisonniers ou de la police milanaise, langage poétique assez surprenant, variations des points de vue, notations humoristiques),  digressions-réflexions nombreuses et passionnantes émises par le narrateur, variété occasionnelle des styles/tons sur une seule page, etc.

Les personnages sont de vrais personnages : ils sont réellement consistants (et leurs souvenirs personnels interrompent occasionnellement le récit de base : autre structure narrative à la fois originale et intéressante).

Ce très bon roman risque de dérouter certains lecteurs par la subversion constante d'une narration classique (voir la multiplication des tons différents), par la vulgarité de certains passages, mais le livre me semble sincère dans la mesure où je ne perçois aucun effet gratuit.

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LES ARPENTEURS de Kim Zupan (États-Unis)
(Éditions Gallmeister)

La première chose qui frappe dans ce roman fascinant est son écriture magnifique teintée de lyrisme : l'auteur semble avoir créé ces paysages du Montana décrits avec tellement de force et de poésie.

L’adjoint  du Shérif se retrouve le geôlier d’un étrange septuagénaire, assassin à la carrière bien remplie, carrière qu’il a commencé tôt, offrant au fil de son récit à l’adjoint les détails de certains de ses crimes.

Rencontre improbable entre ces deux hommes dont l'un semble progressivement contaminer l'autre ou tout au moins ressembler quelque peu à l'autre sur certains plans...

Un livre sur le pourquoi de la folie, la lente érosion de la nature, l'errance, les tourments personnels, la manipulation (et le non-dit), l'ombre et la lumière...

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LE VERGER DE MARBRE de Alex Taylor (États-Unis)

Publié chez Gallmeister, ce premier roman d'Alex Taylor est une très belle réussite. L'action se déroule en plein Kentucky rural. Le jeune Beam travaillant sur un ferry tue un passager qui tentait de le dévaliser. La victime n'est pas quelqu'un d'inconnu...
Tous les personnages de ce roman noir sont consistants et leur dérive personnelle est révélée avec le réel talent d'un écrivain à l'écriture remarquable (merci aussi au traducteur). Un roman puissant.



L'ÎLE DES CHASSEURS D'OISEAUX de Peter May (Angleterre).

Encore un de ces grands polars qui vous marquent ! Roman se déroulant en grande partie dans l'île de Lewis au large de l'Écosse. Au-delà de la tension liée à la découverte de deux meurtres mis en scène selon les mêmes procédures, on découvre les traditions oubliées d'une terre méconnue. Atmosphère brumeuse qui enveloppe les âmes tourmentées. Passionnant et très bien écrit (bravo au traducteur). C'est de la littérature !



L'INVENTION DE LA NEIGE de Anne Bourrel (France)

Très beau titre pour un très bon roman noir autour d'une histoire familiale et d'une narration particulière (l'usage des divers pronoms est particulièrement intéressant).

« La lecture de cet étrange roman noir soulève bien des questions dont une essentielle : qui est cette mystérieuse narratrice ? Comme toujours Anne Bourrel écrit depuis un point de vue résolument décentré, donnant la parole à des personnages qu’on ne croise que rarement dans les romans noirs et qui acquièrent au fil des pages profondeur et épaisseur. Une poésie du quotidien, une sensualité à fleur de peau et un amour de l’écrit contribuent au charme de ce roman. Anne Bourrel donne à réfléchir sur le passé qui ne passe pas et les liens familiaux sur les liens familiaux et surtout sur la violence dangereuse des femmes blessées. À cette noirceur se superpose en contrepoint une description de la nature majestueuse et parfois hostile des Cévennes. »



SEUL LE SILENCE de R.J Ellory (Grande-Bretagne)
Éditions Sonatine et Livre de Poche

Roman noir d'une intensité psychologique rare. Superbe écriture pour traduire les troubles de l'âme. Au-delà de l'enquête (quête du héros à la recherche d'un tueur), le lecteur est hanté par la noirceur des émotions dont l'espoir n'est pas absent.

La construction du roman, son magnifique langage, ses répétitions lancinantes, la mise en abyme du travail de l'écrivain, l'épaisseur des personnages marquent le lecteur pris dans le vertige d'une douleur qui semble sans fin.

Un grand roman excellemment traduit par Fabrice Pointeau (il faut aussi rendre hommage à ces travailleurs de l'ombre !).


« Sans doute est-ce cette prose apparemment limpide, singulièrement dense, puissamment évocatrice, cette manière subreptice de distiller le soupçon et l'inquiétude, de faire toucher, de façon palpable, l'emprise de l'obsession sur le narrateur, qui font de ce livre un véritable piège, dévorant, parfaitement construit.

Seul le silence, premier roman traduit du Britannique Roger Jon Ellory, est une révélation. On pense à De sang-froid, de Truman Capote, auquel il est dédié, pour la précision maniaque de ses détails, cette volonté d'épuiser son sujet, cet acharnement à comprendre les crimes qu'il met en scène. Une série de viols et de meurtres de fillettes, commis sur une trentaine d'années, au fin fond du sud des Etats-Unis. Joseph Vaughan, qui avait tout juste 12 ans, l'été 1939, quand tout a commencé et qui, devenu écrivain, va consumer sa vie à tenter d'élucider le mystère, raconte par le menu.

Seul le silence est un impeccable thriller, d'une éclatante noirceur, un livre magnifique sur l'énigme du Mal et la culpabilité, la rédemption par l'écriture. Mais surtout la tragédie d'un homme « exilé », brûlé par ses souvenirs d'enfance, marqué par la mort qui a très tôt frappé à sa porte. Exactement résumé par cette phrase de la romancière Cynthia Ozick, citée en exergue : « Ce que nous nous rappelons de notre enfance, nous nous le rappelons pour toujours - fantômes permanents, estampés, écrits, imprimés, éternellement vus. » (Michel Abescat)



SIX FOURMIS BLANCHES de Sandrine Colette (France).

Très belle découverte que ce roman se déroulant dans les montagnes d'Albanie. La nature est toute puissante et la belle écriture (alliant la poésie et la sécheresse qui claque comme une angoisse martelée) de Sandrine Colette nous restitue à merveille une atmosphère noire (ou blanche, car la neige est omniprésente) où la peur et la mort se côtoient. Structure intéressante offrant deux narrations différentes.
On m'avait présenté cet auteur français comme un des meilleurs auteurs actuels du polar : elle a du talent cette excellente conteuse qui distille l'angoisse avec intelligence.



UN PIED AU PARADIS de Ron Rash (États-Unis)

« Un pied au paradis » est le premier roman de Ron Rash.

Cet excellent roman se déroule dans les Appalaches dans les années 1950. Ce drame de la jalousie et de la vengeance est un récit à cinq voix offrant des points de vue différents. La psychologie des personnages est loin d'être sommaire, ce qui fait une des richesses de ce roman aride comme la nature évoquée. Bien plus qu'un roman policier, ce livre offre un tableau âpre de la nature toute puissante et parfois malmenée par l'homme qui préfère penser à la rentabilité au risque de briser les vies humaines, de déconsidérer les fermiers qui risquent de perdre leurs terres. Les paysages nourrissent l'imaginaire.

L'écriture peut,  très occasionnellement,  surprendre, car elle tente (avec succès) de reconstituer, parfois au mépris de la syntaxe, les tournures de phrases utilisées dans l'Amérique profonde.

Roman (teinté à la fois de noirceur et de lyrisme) qui développe l'art de la suggestion. Une très belle réussite.


Une analyse critique du roman :

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Interview de l'auteur, professeur d'université, bon pédagogue, qui explique aussi sa manière de travailler :

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MessageSujet: Re: TRÈS BONS POLARS : LISTE ET COMMENTAIRES   24/11/2016, 16:13

Sélection et présentation mises à jour ce jeudi 24 novembre 2016.

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MessageSujet: Re: TRÈS BONS POLARS : LISTE ET COMMENTAIRES   24/11/2016, 19:30

Merci pour ces partages, Jipi.

Vu le travail que cela représente, je me dis que tu devrais aussi poster cette liste sur d'autres sites plus spécialisés dans les polars (si ça existe), parce qu'ici je vois que le fil n'a pas encore beaucoup de vues et c'est dommage parce que je suis sûr que les amateurs de polars seraient intéressés.

Pour ma part, comme je l'ai déjà dit, un bon polar de temps en temps je ne dis pas non, mais ce n'est pas mon genre de prédilection.
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MessageSujet: Re: TRÈS BONS POLARS : LISTE ET COMMENTAIRES   25/11/2016, 14:42

Avec plaisir François et merci pour tes encouragements (gros travail en effet).

Gros travail en amont également : j'élimine plus de 80 % de polars (voir les raisons évoquées plus haut) et ma sélection, assez pointue, compte notamment quelques écrivains de haute qualité et discrets.

Comme je l'expliquais plus haut cette nouvelle présentation me permet de faire rapidement un copier-coller de ma liste et de ses commentaires afin de la transmettre aux personnes intéressées. J'ai déjà transmis à quelques spécialistes du polar une partie de ma liste, mais tu as raison : je pourrais la transmettre à des sites spécialisés.

Je rappelle que ma liste dépasse largement le cadre du polar au sens strict. Il y a dans ma liste des ouvrages qui évoquent des thématiques très larges, qui ont une valeur littéraire telle qu'ils n'ont rien à envier à la littérature générale (et qui parfois même la dépassent largement).

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