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 Les écrits de Marie Liehn

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Jipi
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MessageSujet: Les écrits de Marie Liehn   23/12/2005, 18:40

Vous trouverez dans ce topic un commentaire sur les oeuvres de Marie Liehn. Vous pourrez lui poser, dans ce topic, toutes les questions qui concernent ses écrits.

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Jipi
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   23/12/2005, 18:49

Marie Liehn a écrit deux romans :

1) « Sîmos le Camus - La fondation de Marseille ». Il s'agit d'un livre d'aventure écrit pour les adultes, mais accessible, pense-telle, à partir de 12 ans (sa fille l'a lu). Comme son titre l'indique, il raconte la légende de la fondation de Marseille avec Gyptis et Protis pour ceux qui connaissent. L'éditeur est l'Harmattan.

2) « La colère de Dieu » édité par l'Autre Rive. Une jeune fille est témoin d'un meurtre et de l'enlèvement d'un enfant. C'est ainsi que débute le livre. Tout au long du roman, on découvrira ses doutes, ses peines et ses joies, car elle va connaître peu à peu la déchéance de tous ceux qu'elle aime.
Des extraits de ces deux romans sont visibles sur son site.

3) Marie Liehn écrit aussi des nouvelles. Certaines ont été primées dans des concours régionaux. « L'instituteur » a été édité par France Loisirs dans « Histoire de nos villages ».
Elle essaiera de nous la mettre en ligne.



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Marie Liehn
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MessageSujet: L'instituteur   27/12/2005, 10:53

Voici donc "L'instituteur", pour ceux qui ne l'ont pas encore lu.
J'espère que vous aurez du plaisir à lire cette nouvelle.



L'INSTITUTEUR




Le château dominait Montbuisson de ses tours crénelées et les vestiges de son rempart aux mâchicoulis imposants révélaient toute la puissance de ses années passées. Il était situé sur une petite colline boisée de pins-parasols et de chênes kermès, qui plongeait, par d'étroites terrasses jusqu'au village où se mêlaient les essences aromatiques du thym à l'odeur forte des bergeries.
Une rue déserte, bordée de fermes, conduisait jusqu’à la place de l’école, ombragée de deux vieux mûriers qui tendaient leurs branches élancées vers une fontaine moussue.
Ce jour-là, l'instituteur annonça, d'une voix blanche, à ses élèves de l'unique classe, que l'école fermerait dès la prochaine rentrée scolaire puisque trois d'entre eux quittaient le village. La dizaine d'enfants fixaient sagement le maître d'école qui, les yeux rivés sur un bouquet de marguerites blanches, semblait perdu dans sa tristesse.
C’était un grand jeune homme mince, au fort accent provençal que de longues études n'avaient pas effacé. Il avait vécu une enfance heureuse, entouré de ses parents et de ses nombreux camarades de classe, avec qui il s'amusait sur la colline, dans l'herbe parfumée de thym et de romarin. À vingt ans, bouleversé par le mariage de son ami Pierre Dumont avec Toinette Blanchin, qu'il aimait secrètement, il avait décidé de terminer ses études à la ville, où il avait réussi sans mal le concours d'instituteur. Plus tard, alors qu'il enseignait à la Bourboule, la mort de Pierre, renversé par un camion, l'avait incité à demander sa mutation à Montbuisson.
Le village, il ne l'avait pas reconnu. Les commerces fermaient les uns après les autres, la population vieillissait et, faute d'élèves, l'école était en sursis. Il n'avait toujours pas avoué son amour à Toinette et, maintenant la jeune femme partait avec ses trois enfants, condamnant l'école à une fermeture certaine.
La cloche de l'église sonna cinq heures. Insouciants, les élèves jetèrent leurs livres dans leurs cartables, sortirent de l'école en se bousculant, emplirent le village de leurs cris rieurs.
Seule, Manon, une fillette aux longs cheveux ondulés resta assise sur son banc, ses grands yeux bleus brillant d’émotion. C'était la fille aînée de Toinette Dumont.
- Martin, murmura-t-elle. Au revoir.
Elle s'approcha de lui, se dressa de toute la hauteur de ses huit ans pour l'embrasser. Martin la souleva de terre, lui donna un baiser sur les deux joues puis la reposa doucement sur le sol carrelé de la classe.
- Manon, dit-il en lui tendant les marguerites blanches, tu peux donner ces fleurs à ta maman, de ma part ?
Un éclair de joie illumina le visage rond de la fillette. Elle prit les fleurs et partit en courant.
Il était coutume, à Montbuisson, que le soupirant d'une jeune fille lui offre une dizaine de marguerites blanches pour lui avouer son amour. Si la demoiselle y ajoutait deux coquelicots enlacés, leur mariage était célébré dans l'année.
Martin sortit sur la place. Un troupeau de moutons passa. Un briard courait dans tous les sens, balayant de ses longs poils marron la poussière des pavés, aboyait bruyamment après quelques indisciplinés qui s'aventuraient dans les rues annexes. Le berger suivait lentement, s'aidant de sa canne de bois pour marcher droit. Il salua l'instituteur. Martin lui répondit d'un signe de la main.
Soucieux., il pensait à la mort prochaine de son village. Car Montbuisson mourrait, il le savait, il en était certain. Sans école, pas d'enfant, que des vieux. Plus personne. Un tas de ruines. Il ne pouvait se résigner !
- Il faut j’aille voir Monsieur Le Maire, pensa-t-il.
Il s'engagea dans une traverse sombre. Un paysan trapu que les travaux des champs avaient trop vite courbé, plaisanta :
- Alors, ce sont les vacances ?
- Des vacances forcées ! soupira Martin.
Le paysan fit un signe de tête compréhensif, puis continua son chemin. Martin se retrouva seul. Il n'entendait plus que la chanson vibrante des cigales. À la hauteur d'une antique arcade, la rue bifurquait vers la droite. La lumière, plus claire, permettait à quelques villageoises d’y faire leur marché. C’est là que les rares commerces montraient leurs devantures.
Il passa devant la boulangerie, huma avec reconnaissance l'odeur du pain chaud, fit un signe de la main à la caissière de la petite supérette et soupira devant le rideau fermé de la boucherie.
La rue s'élargissait enfin en une nouvelle place ronde bien ensoleillée. À droite, la mairie, que rafraîchissait une fontaine de rocaille. À gauche, l'église au grand portail en bois richement sculpté. Au centre, deux platanes, aux troncs épais que les années avaient fissurés, ceinturés de la neige et du sang des marguerites et des coquelicots.
Le maire discutait avec le vieux curé en soutane noire.
- Hé ! Fernand ! appela Martin. Et les boulangers ?
- Ils viendront en décembre, le renseigna, jovial et ventru, le gros homme. Ils sont contents du prix de la maison et du fonds de commerce !
- Ils ne peuvent pas venir avant ? hasarda Martin, le visage soudain assombri.
- Non, pas possible. Une histoire d'hypothèque, je crois. Leur boulangerie, à Marseille, n'est cessible qu'à partir de décembre. Ils ne peuvent pas faire autrement.
Le visage de Martin se décomposait.
- Ce n'est pas si grave ! ajouta le maire. Barberin ne prend sa retraite qu'en septembre. Pendant trois mois, nous n'aurons pas de boulanger, voilà tout. Je me suis arrangé avec le camion ambulant.
- L'école n'ouvrira certainement pas à la prochaine rentrée, murmura Martin. Toinette et ses enfants s'en vont.
Martin était horriblement déçu. Il avait mis tous ses espoirs dans les nouveaux boulangers qui avaient quatre enfants. Ils pouvaient sauver l'école. Son école ! En décembre, l'école serait déjà fermée et lui muté.
Le curé, qui n’était pas encore intervenu dans la conversation, s’écria :
- Mais, au catéchisme, il n’y aura presque plus personne, alors ! Et si tu insistais auprès de Toinette pour qu’elle reste parmi nous ? ajouta-t-il d’un ton malicieux.
Martin retourna à l’école. Le bouquet de fleurs était son seul espoir.

La robe blanche de Toinette l'éblouit comme un rayon de lumière. Il courut vers la jeune femme, manqua tomber sur une poule qui le poursuivit en caquetant, et la prit dans ses bras. Toinette tenait à la main le bouquet de marguerites blanches.
Deux coquelicots éclataient au le soleil.


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Pietra
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   31/12/2005, 10:56

Bonjour,

J'ai lu "La colère de Dieu" de Marie Lhien.
Un roman historique magnifiquement écrit. On retrouve l'ambiance de l'époque (1814) qu'elle décrit comme si l'on y était.
Amours et intrigues se mélangent comme une union.

A découvrir absolument.

Pietra
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Marie Liehn
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MessageSujet: Erreur de date   9/1/2006, 14:55

Merci à toi, Pietra pour ton commentaire sur mon roman.

Une petite erreur quand même à souligner. Il ne se passe pas en 1814 mais en 1720, l'année de la peste à Marseille.


Amitiés.
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Pietra
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   9/1/2006, 15:34

Wink Wink Oups,
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Jipi
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MessageSujet: Beau !   15/1/2006, 11:45

J'ai mis du temps chère Marie Liehn pour réagir à ton topic. J'ai lu L'INSTITUTEUR que je devrais d'ailleurs faire lire à mon institutrice (mon épouse) ! Je dois t'avouer que j'ai beaucoup apprécié ce texte. L'écriture est belle ! Tu as l'art de faire respirer par le lecteur toute une atmosphère ensoleillée faite de quelques touches descriptives très bien composées.
J'aime aussi la thématique de ton texte qui débouche sur une rencontre possible. Art de la suggestion à certains moments... Merci !

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Marie Liehn
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   16/1/2006, 14:21

Je suis très contente, Jipi, que cette nouvelle t'ait plu.

Comme je l'ai déjà dit dans le topic "Sondage", je supporte les critiques mauvaises car elles font progresser, mais une bonne critique me plaît bien sûr davantage (si elle est sincère) et elle me fait :oops: de plaisir.
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Laurencja
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   23/1/2006, 20:38

J'aime beaucoup cette nouvelle, elle est d'une grande sensibilité...
Un beau style, vraiment, tout en douceur.

J'en veux bien une autre Wink !
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Marie Liehn
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   24/1/2006, 09:26

Merci Laurencja

Tu en veux une autre, Bien, je vais en mettre uner autre alors. Mais différente. Un peu plus rigolote.
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Marie Liehn
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   24/1/2006, 09:35

LA CAMPEUSE





Simone était une de ces jeunes femmes comme on n’en voit plus de nos jours. Elevée par des parents très austères, elle en avait gardé une profonde pudibonderie. Son entourage le remarquait surtout dans sa façon de se vêtir. En hiver, elle portait des robes longues, se chaussait de bottes de cuir. En été, elle s'habillait plus court, mais n'omettait jamais de boutonner ses vêtements jusqu'au cou. Par contre, la nuit, elle libérait ses fantasmes et se montrait à Pierre en nuisette de tulle blanche ou en teddy de dentelles noires. Son mari, comblé, l'avait toute à lui, rien qu'à lui.

Cet été-là, ils décidèrent de camper aux "Flots Bleu". La plage, l'odeur salée du vent, et surtout le chant des cigales leur promettaient des vacances calmes et reposantes.

Couchée sur un lit de camp large mais un peu grinçant, Simone pensait à la longue route qu'ils venaient d'effectuer dans leur petite 2 CV, aux embouteillages interminables, à la chaleur accablante, quand une envie incontrôlable d'aller aux toilettes la saisit. Elle se retint une bonne heure. Mais cette envie la tenaillait, l'oppressait, l'empêchait de dormir.

Sachant qu'elle ne pourrait pas rester ainsi jusqu'au matin, elle se leva, mit ses pantoufles, jeta sa robe de chambre sur sa nuisette et sortit dans la nuit. Elle était très gênée.

Seul, un croissant de lune éclairait le camping endormi. Il faisait bien noir. Personne ne la verrait !

Elle se dirigea d'un pas décidé vers les sanitaires dont l'ombre épaisse colorait l'obscurité de la nuit. Elle n'avait fait que quelques pas quand elle vit avec effroi deux yeux qui arrivaient sur elle en aboyant.

Heureusement, le chien bientôt suivi de son maître se mit à lui faire des fêtes. Elle serra un peu plus sa robe de chambre, remonta son col. Un peu plus loin, quelques gamins qui rentraient chez eux la bousculèrent.

- Décidément, se dit-elle, moi qui croyais ne rencontrer personne!

De retour à la tente, elle se déshabilla et, sans réveiller Pierre, se recoucha. Elle se lova contre son mari, rechercha sa chaleur, le contact de sa peau. Pierre se retourna, la prit dans ses bras, murmura quelques mots, l'embrassa. Elle sentit couler en elle un bien-être voluptueux et plongea dans un profond sommeil.

Les pleurs d'un bébé voisin la réveillèrent.

- Espérons qu'il ne pleure pas toutes les nuits, soupira-t-elle.

Un rayon de jour entrait jusqu'à son lit. Elle ouvrit les yeux, étouffa un cri de surprise. Elle s'était trompée de tente, de mari ! Se levant d'un bond, elle enfila ses pantoufles, sa robe de chambre et s'enfuit furtivement.

Elle heurta Pierre qui la cherchait dans tout le camping. Elle lui raconta son aventure. Il ne la crut pas et entra dans une colère noire. Le ton monta, la dispute s'envenima.

Les autres vacanciers, attirés par le bruit de leurs voix, sortirent de leur tente pour contempler ce spectacle grotesque de deux époux se querellant.

Et Simone fit leur connaissance, au milieu de l'allée, en robe de chambre déboutonnée.
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Laurencja
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   24/1/2006, 12:40

bravo
J'ai vraiment beaucoup ri SmileSmile lol!
On a tous des mésaventures de ce genre Wink
Très chouette !!

flower Laurencja
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marie chevalier
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   24/1/2006, 14:01

Très drôle en effet Marie. L; c'est le monsieur qui a du être content lol! lol!
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Marie Liehn
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   24/1/2006, 15:23

C'est bien de faire rire un peu par ses écrits. Ne dit-on pas que rire allonge la vie.

Malheureusement la plupart de mes nouvelles sont tristounettes ou romantiques. Je n'en ai pas fait beaucoup de rigolotes.

Merci pour vos commentaires
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Marie Liehn
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   28/2/2006, 15:04

Il y a quelques années, j'ai essayé de faire une nouvelle dans le genre des nouveaux romans.

Je pense à présent, après avoir lu les explications de Jipi sur le nouveau roman que je me suis complètement trompée.

Mais je vous la soumets. Elle se laisse lire.


LE PEINTRE



L'artiste fixe sa toile sur le chevalet posé à quelques mètres des rails. La toile représente une jeune fille au milieu des fleurs qui regarde un train rouge s'éloigner. Le ciel est couvert de nuages gris ; il pleut. Le visage de la jeune fille n'est pas terminé. L'artiste ne sait pas encore de quelle couleur, il va peindre ses yeux.

Il vient ici, chaque matin, lorsque le jour est assez puissant pour lui offrir toute la lumière nécessaire. Alors qu'il s'installe à peine, un train arrive, s'arrête quelques instants ; des passagers en descendent, d'autres montent à l'intérieur des wagons. Une sirène retentit. Le train redémarre bruyamment puis disparaît.

L'artiste est dans la gare. Ce n'est pas une gare urbaine avec ses badauds, ses kiosques à journaux, ses mini-restaurants. Ici, on est à la campagne. L'on ne voit que le garde-barrière, quelques rares passagers qui attendent le prochain train, et les rails qui s'étendent à perte de vue, bien plus loin que ne peut aller le regard. Autour, les champs parés de jaune et de rouge se dorent au soleil. Un chemin rocailleux conduit jusqu'au village à quelques centaines de mètres de là.

Le village est tout petit, cent dix habitants, une boulangerie et une épicerie. Le boucher fait le tour de la région dans une roulotte tirée par deux chevaux. Il est original, le boucher ! En tout cas, il sait faire rire les villageois !

Pourtant, le long des joues de Nathalie coulent de grosses larmes. Le boucher est venu sans Michel, son fils. Michel est parti. Michel qu'elle aime, Michel qui l'aimait.

L'artiste fixe sa toile sur le chevalet. Le tableau est déjà commencé. Un train rouge, semblable à ceux qui relient les villages à la ville voisine, s'éloigne. L'artiste réfléchit. Va-t-il peindre une gare peuplée comme celle des villes ou la gare de campagne qu'il a sous les yeux ?

Près de la gare, Nathalie court dans l'herbe haute, entourée des boutons d'or et des coquelicots. Dans sa robe jaune, elle ressemble à une fleur au milieu des fleurs. Ses cheveux blonds volent au vent. Patrick essaie de l'attraper. Elle rit. Que c'est bon de s'amuser sous le soleil ! Elle s'arrête brusquement. Patrick est tout près d'elle. Il la prend dans ses bras et l'embrasse passionnément.

La sirène du boucher retentit. Nathalie tressaille. Patrick ne comprend pas pourquoi la jeune fille l'a repoussé si soudainement. Les yeux de Nathalie s'évadent vers la gare. Michel est là, qui la regarde.

L'artiste fixe sa toile sur le chevalet. Il sait ce qu'il va peindre autour de la gare. Il a déjà préparé dans sa palette des assortiments de jaune, de rouge et de vert.

Nathalie se promène dans le champ près de la gare. Ce matin, sa mère lui a tressé les cheveux. Deux rubans rouges ornent ses nattes blondes. Michel lui tend le bouquet de fleurs qu'il a ramassé pour elle. La jeune fille lui sourit. Elle a rencontré le garçon, il y a quelques jours seulement. Il aide son père, le boucher. Le ciel est d'un bleu azuréen, le soleil brille ardemment. Michel lui prend la main. Nathalie frissonne. Il la saisit par les épaules, l'embrasse tendrement. C'est la première fois qu'un garçon embrasse Nathalie. Elle est un peu gênée, mais elle est heureuse. Sous le soleil, ils sont heureux.

L'artiste fixe sa toile sur le chevalet. Quel va être le personnage central de son tableau ? Un homme ou une femme, peut-être un groupe d'enfants... ? Une jeune fille rendra sans doute sa toile plus romantique, une belle jeune fille avec de longs cheveux d'or.

La jeune fille à la chevelure blonde s'est approchée de Michel, abandonnant Patrick qui ne comprend rien. Michel est malheureux. Depuis bientôt trois ans, il fréquentait Nathalie. Il voulait la demander en mariage et voilà qu’il la surprend avec Patrick, ce bellâtre de la ville qui ne vient que le week-end.

- Puisque tu ne m'aimes plus, je n'aurai pas de regret. Je pars demain matin travailler à la ville. Tu ne me verras sans doute plus jamais.

Nathalie ne sait que répondre. Elle ne dit rien. Tête basse, Michel s'éloigne. Patrick s'est déjà éclipsé. Elle pleure, seule au milieu des boutons d'or et des coquelicots.

L'artiste fixe sa toile sur le chevalet. Il admire son oeuvre. Le tableau représente une jeune fille au milieu des fleurs, le visage tourné vers un train rouge qui s'en va. Des larmes coulent sur ses joues. Mais les yeux ne sont pas encore peints. Il reste sur la palette de l'artiste un peu de jaune dont il s'est servi pour les fleurs et la robe de la jeune fille. Il a aussi, à côté de lui, un tube de peinture bleue qu'il n'a pas encore utilisé puisque le ciel est gris.

Des nuages envahissent le ciel qui, hier encore, était d'un bleu azuréen. Il pleut. Nathalie court sur le chemin rocailleux. Parviendra-t-elle à retenir Michel ? Il ne faut pas qu'il parte ! Elle l'aime. Une sirène retentit. Nathalie arrive trop tard. Le train démarre bruyamment sous ses yeux.

La jeune fille est au milieu du champ et regarde le train rouge s'éloigner. Des larmes coulent sur ses joues, se mêlent à la pluie qui tombe. Ses grands yeux tristes sont verts.
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marie chevalier
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   28/2/2006, 17:56

Belle histoire. Tu as trouvé un mode d'écriture pour cette nouvelle, très original, j'aime beaucoup. Bravo marie L. sunny
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Jipi
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MessageSujet: Re: Les écrits de Marie Liehn   11/3/2006, 16:07

Je rejoins l'avis de Marie ! Très belle inspiration au ton original et à la structure répétitive qui est intéressante. La vie et la représentation du réel. La vie et sa représentation sur le tableau. Si je puis me permettre une suggestion, ce ton original est à poursuivre... cherche dans cette voie...
Il faut encore éliminer quelques clichés sur le plan stylistique et tu seras sur la voie du toujours mieux... Curieux que ce texte du passé soit celui qui m'inspire le plus dans ta production ! Wink

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