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 Marcel Proust : Contre Sainte Beuve, Folio Essais

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yugcib
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MessageSujet: Marcel Proust : Contre Sainte Beuve, Folio Essais   11/10/2012, 08:38

Ayant découvert Marcel Proust, seulement dans les premières années du 21 ème siècle, en lisant "Contre Sainte Beuve", je cite ces lignes, page 70 dans le chapitre « journées » :

« J’aperçois un de ces êtres qui nous dit par son visage particulier la possibilité d’un bonheur nouveau. La beauté, en étant particulière, multiplie les possibilités de bonheur. Chaque être est comme un idéal encore inconnu qui s’ouvre à nous. Et de voir passer un visage désirable que nous ne connaissions pas nous ouvre de nouvelles vies que nous désirons vivre. Ils disparaissent au coin de la rue, mais nous espérons les revoir, nous restons avec l’idée qu’il y a bien plus de vies que nous ne pensions à vivre, et cela donne plus de valeur à notre personne. Un nouveau visage qui a passé, c’est comme le charme d’un nouveau pays qui s’est révélé à nous par un livre. »

... Sublime, n'est-ce pas ?
Et j'ai poursuivi dans ma découverte de cet auteur, par "À la recherche du temps perdu"...
Une lecture "au long cours"... Comme sur un paquebot transatlantique du temps de Georges Simenon entre Le Havre et le canal de Panama...
Pas d'intrigues compliquées mais un "kaléidoscope" de petites scènes de vie quotidienne avec chacune son atmosphère... Et comme sur l'océan, à l'infini, de petites crêtes blanches qui se meuvent et se balancent en une cadence toute tranquille ; et tous ces sentiments, tous ces changements de point de vue exprimés...
Certes, tout cela se passe "dans le beau monde" mais les sentiments, les émotions, les pensées de "ces gens là", après tout... Sont-ils si différents que cela des sentiments, des émotions et des pensées, des gens que l'on dit être "du pauvre monde" ?
N'y-a-t-il pas en chacun de nous, autant de vanité, autant de fureur ou même de gesticulation, à essayer de "s'exister" à tout prix ? Autant de souffrance aussi, autant de solitude au fond de soi ? Autant de "non dit" et autant de ces rêves qui partent dans le "grand inconnu" ou "dans les étoiles" quand on est mort ?
Vers la fin de son existence, Marcel Proust fut contraint à l'immobilité, du fait de sa santé déficiente...
Est-il "si nécessaire que cela", à un grand écrivain, de bouger beaucoup, de sans cesse parcourir le monde... et tous les mondes possibles ?
La culture, l'observation, l'intuition, l'imagination, la réflexion... Ce sont bien là comme des "bouées" non pas de "naufragé qui veut se sauver à tout prix et rejoindre quelque rivage", mais de "nageur" au milieu des baïnes qui veut partir à l'assaut des vagues pour y danser, y voler dessus"...
Dans " À la recherche du temps perdu", le narrateur est souvent ravi par "le visage de l'inconnue"...
Ainsi, Albertine en vélo au bord de la mer ; la laitière aperçue sur un quai de gare au moment de l'arrêt du train au lever du jour... Deviendront l'image récurrente.
D'où vient cette idée -absurde- qu'il y aurait du "snobisme" à lire Proust ?
"L'on n'écrit plus comme cela"... C'est vrai... (mais est-ce que c'est "tragiquement vrai"?... ce n'est pas si sûr ni si désespérant à vrai dire et si l'on réfléchit tant soit peu...)
Ces longues phrases forment comme des tableaux impressionnistes aux très belles images...
Et je les trouve "très actuelles"... Ou, plus précisément encore... " intemporelles"...
... Ce qui est "nouveau"... ou nous semble nouveau, ne tire-t-il pas sa "nouveauté" en réalité, de ce qui demeure à jamais, intemporel ? Ou, comme l'on le croit, comme l'on se l'illusionne, de ce qui surgit et s'impose dans le temps immédiat, le temps présent, ce temps aussi fugace que l'éclair d'un orage ou que l'onde sur l'eau ?
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Jipi
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MessageSujet: Re: Marcel Proust : Contre Sainte Beuve, Folio Essais   19/10/2012, 21:56

Intemporel, universel... peut-être un des critères d'une oeuvre de qualité ?

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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Marcel Proust    20/10/2012, 09:30

Jetant un coup d'oeil sur Passion des Mots au retour d'un séjour dans la ville dite "éternelle", je découvre des propos de la plus haute tenue. Non seulement on lit Proust, mais on lit son Contre Sainte Beuve dont j'aurais été prêt à parier qu'il avait totalement disparu des préoccupations de lecteurs ( Comme Sainte Beuve d'ailleurs! )

Yugcib écrit donc quelques belles lignes sur sa lecture de Proust ( Eh oui ! Proust est un grand écrivain ! ) dont je relève le passage sur l'écriture elle-même, les longues phrases si caractéristiques*. Je passe sur l'idée rapportée par Yugcib qu'il y aurait un ridicule à lire Proust ( ou plus exactement à dire qu'on l'a lu...) pour noter l'expression : " on n'écrit plus comme cela". Certes, parce que Proust est mort et que le style d'un écrivain lui est propre sinon il n'en n'est pas un. Mais s'il faut évoquer l'écriture très "écrite", au sens qu'elle ne singe pas l'oral, et l'ampleur des phrases, il existe bon nombre de contemporains qui s'y adonnent avec bonheur à commencer par Richard Millet dont j'ai parlé il y a peu et qui est sans doute notre plus grand styliste vivant !

Un mot à Jipi qui écrit : "Intemporel, universel... peut-être un des critères d'une oeuvre de qualité ?" Un peu rapide! La Divine Comédie de Dante n'est ni intemporelle ( jetez-y un regard) ni universelle ( tout le monde n'est pas catholique) mais c'est un chef d'oeuvre incontesté. En réalité il faudrait revenir à la définition de l'oeuvre et de sa lecture. Relire Sainte Beuve pourquoi pas ?

* Attention cependant ! Ce n'est évidement pas la longue phrase qui fait la valeur d'un style.
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François
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MessageSujet: Re: Marcel Proust : Contre Sainte Beuve, Folio Essais   20/10/2012, 13:08

Maintenant que j'ai 50 ans, je suis peut-être mûr pour lire un roman de Proust en entier, chose que je n'ai pas encore faite jusqu'à ce jour ?
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Marcel Proust    20/10/2012, 16:15

L'idée répandue et assez pertinente est qu'Un amour de Swann est une bonne entrée dans l'oeuvre de Proust. C'est un morceau de La Recherche qui peut se lire de façon autonome.

Quant à savoir si l'âge vénérable de cinquante ans est une aide ou un handicap...mystère. Quand on me demande quand j'ai lu Proust je réponds comme beaucoup d"écrivains pétris de modestie : " Vers douze ou treize ans"

C'est faux mais très impressionnant !


Plus sérieusement, bonne lecture François, le bonhomme est loin d'être surfait!

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