Passion des mots

Forum culturel
 
AccueilCalendrierFAQS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Brisures adolescentes

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
abdel
Membre
Membre
avatar

Nombre de messages : 242
Age : 65
Localisation : Rabat, Maroc
Date d'inscription : 25/05/2011

MessageSujet: Brisures adolescentes   9/5/2012, 00:54

Pas beaucoup d'échanges en ce moment. J'en profite donc pour échanger ces textes contre un avis ou deux. C'est pas cher n'est-ce pas ? (même si c'est de la camelote littéraire). François a déjà jeté une obole dans ma sébile, merci ! (oh! pas une obole mirobolante puisque le texte ne le mérite pas ! Merci de tout coeur François)

Chapitre I

VACANCES A LA CAMPAGNE




Une pluie diluvienne ne cessait de déferler, ce jeudi après midi de décembre 1970, depuis que nous nous acheminions, Allal et moi, sur les flancs de la colline. Nous étions à la campagne, au milieu de champs submergés d'interminables sillons. C'était l'époque des labours. Allal marchait péniblement derrière moi, le visage offert aux rafales de pluie, malgré la protection d'une Djellaba de laine blanche. Je ne progressais pas davantage; mes souliers trempés s'enlisaient profondément dans le sol devenu gluant. Pas un abri; les collines dénudées et austères, recroquevillées sous la colère des cieux ne semblaient point disposées à offrir le moindre recoin de repli.

A mesure que nous progressions, la pluie redoublait d’intensité et la maison que nous cherchions à atteindre paraissait s’éloigner. Allal m’avait invité, étant son meilleur ami et camarade de lycée, à passer les vacances de Noël chez ses parents, en pleine campagne. C’était un beau garçon, haut et maigre, au nez court et droit, à la chevelure courte, à la voie suave et au sourire large et prompt à se déclencher au moindre mot prononcé. Ses parents habitaient pas très loin de mon village d’origine, quelque part sur les premières collines annonçant la chaîne du Rif, au pied de la vaste plaine du Gharb. Pour me divertir, alors que rien ne prévoyait au départ que le ciel allait s’assombrir aussi brusquement, il avait programmé la visite d’une demeure coloniale abandonnée, au sommet d’une colline, et qui tranchait avec le décor alentour par sa masse imposante et son décor singulier. Elle faisait l’effet d’une touche moderniste dans le tableau rural ambiant. Mais c’est au beau milieu du parcours que l’ambiance radieuse fut escamotée par un rideau de nuages menaçants. La pluie s’abattit, alors, avec force sur nos frêles corps d’adolescents .Je n’en revenais pas ! Moi qui étais habitué à la pluie en ville, je regardais, ressentais, écoutais avec ébahissement et crainte, le déchaînement des éléments dans leur expression la plus naturelle et la plus sauvage.

Dans ma fuite en avant et aveuglé par les rafales de vent, et d’eau, je ne cessais de jeter des regards furtifs derrière moi, pour m’assurer que je n’étais pas seul. Allal suivait derrière, plus haletant, dos courbé, s’égouttant de temps à autre le visage d’un revers de coude. Nous marchions ainsi, ahanant, sans rien se dire, jusqu’à ce que Allal articula d’une voix grelottante. « Tayeb ! Tayeb !,Viens j’ai trouvé un refuge ! » Je m’arrêtais, avec un grain d ‘espoir de se soustraire à la furie des cieux.. Allal se tenait immobile devant l’entrée d’un cylindre de canalisation qui faisait office de pont pour un sentier étroit.

J’avais le souffle coupé et n’en pouvais plus. Mais j’étais grisé par l’effort et le contact de l’eau qui ruisselait entre mes vêtements. Je pris la décision d’ignorer ma fatigue et la trouvaille de mon ami. Par un élan de bravoure juvénile inexplicable, je me mis à gravir le flanc de la colline en courant comme je pus. Arrivé au seuil de la demeure, je m’affalais sur le dos, sous le perron, suffocant jusqu’à l’étranglement.

J’avais mal aux poumons et une seule pensée circulait en résonnant dans ma tête sous forme d’une question en boucle infinie : « pourquoi j’ai fait ça ? Pourquoi j’ai fait ça ? ». Le résonnement de mon unique pensée se fit de plus en plus inaudible puis s’évanouît et m’entraîna avec lui dans un sommeil paisible.

Une douce chaleur effleura, mon visage humide. Je perçus le souffle et la voix de mon ami. " Ça va Tayeb ? Ça va ? "

Allal avait allumé un feu juste à l’entrée de la demeure pour nous réchauffer, aidé par le gardien de la demeure, qui habitait à proximité dans une basse bâtisse au toit de zinc qui renvoyait, en une harmonieuse cacophonie, le son des gouttes. Il se frottait les mains en tressaillant un peu. La pluie cessa de tomber et le zinc devint subitement silencieux, alors qu’un calme serein couvrit les contrées alentours Des vaches abritées à l’intérieur nous regardaient vaguement en ruminant interminablement.

Assis autour du feu, nous dégagions de partout de grandes bouffées de vapeurs blanches qui allaient nonchalamment se fondre dans la fumée foncée des fagots embrasés. Seul le crépitement continu du feu mêlé au meuglement intermittent des vaches rompait le silence béat des lieux. Nos deux ombres dansaient sur les murs au gré de la lueur du feu.

J’eus envie de fumer et me rappelais avoir dans mes poches deux cigarettes de fortune que le laboureur de la famille d’Allal, un gaillard haut et robuste, m’avait façonné de sa tabatière, surpris qu’il était mais résolument neutre de me voir piqué au vice aussi jeune. Elles étaient trompées mais qu’importe ! Je les déposais à sécher puis en alluma une. Allal me dévisageait, l’air mi-content mi -mécontent Il devait penser qu’il n’aurait pas dû me faire subir cette douche forcée en m’amenant si loin de nos bases.
Quelques instants plus tard, bien remis de nos émotions, nous effectuâmes une brève visite de la demeure puis entamâmes le chemin du retour sous un ciel dégagé.

La journée tirait à sa fin alors que nous dévalions les collines une à une avec une aisance bienheureuse, sautillant par-ci par-là entre les petits ruisseaux qui ronronnaient sous nos pieds.
L’air sentait le sable frais et renvoyait de loin en loin le brouhaha confus des sons d’animaux et d’oiseaux. Au beuglement des vaches répondait le bêlement des brebis ; des oiseaux, effarés par le coucher du soleil, criaient à tue-tête en tournoyant à toute vitesse de manière désordonnée.
De temps à autre fusait de loin la voix d’un homme, bizarrement basse, mais répercutée partout, comme s’il était tout proche. C’est ainsi à la campagne dit mon ami et il m’en fit la démonstration en hélant un lointain paysan à califourchon sur son âne qui trottinait, l’air écrasé par la masse de son maître. Ils s’échangeaient des civilités à voix normale comme s’ils partageaient la même table de café.

En face de nous se dessinait la maison familiale en une série de bâtisses juxtaposées, au toit de zinc, entourée d’une haie de figues de barbaries. Hommes et animaux cohabitent, dans ce genre de demeure de façon presque conviviale et se partagent les agréments et les vicissitudes de la vie en campagne ; les uns comptant sur les autres pour se nourrir, travailler, se déplacer.

Nous entrâmes dans la chambre privée de mon ami et changeâmes de vêtements. La mère de Siassa, une femme avenante, toisant la quarantaine, vint nous apporter un bon récipient de thé et un plat de baghrirs, minces rondelettes de pâte à la semoule, cuites à la sautée, à la surface remplie d’innombrables trous, aspergés de miel et de beurre fondu. Je me suis mis à manger effrontément avec avidité, sans se soucier de mon ami qui encourageait ma gourmandise par de brefs et joyaux éclats de rire.

Sa mère m’apporta un antalgique car j’eus de violents maux de tête. Mon âge ne me permettait pas de prêter attention aux signaux négatifs de mon corps et dieu sait combien je souffrais mais ne me rendait compte de rien. Je fus bientôt amené à abréger mon séjour à la campagne, sentant confusément que quelque chose n’allait pas dans mon corps. Quelque chose qui couvait à mon insu, et se manifesta suite au dépassement de mes capacités physiques ou alors suite à l’effet du grand air qui, avant de vous vivifier, s’enquiert d’abord de ce que vous avez comme résistance à bord.

Le lendemain matin, j’étais prêt au retour. Le laboureur de la famille d’Allal nous prépara un robuste mulet. Je mis ma valise dans la paire de nasses faisant office de scelle et qui sert à transporter un peu de tout et monta à califourchon derrière Allal. Sa mère me bombardait de reproches.
- Mais qu’as-tu mon fils ?
- Reste encore un peu avec nous !
Un coup de pied au flanc de la docile bête et celle-ci se mit en route descendant et montant les flancs des collines en un balancement long et endormant.
Il y avait neuf kilomètres à parcourir avant d’arriver à la première route goudronnée. J’avais mal à la tête mais j’avalais des yeux le paysage pittoresque qui défilait lentement au gré du rythme du pas de la bête.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ecrire.clicforum.com  et http://apprendreoualessai.fo
Jipi
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 5890
Localisation : Belgique
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Brisures adolescentes   9/5/2012, 01:20

Cher Abdel,

Puis-je me permettre une suggestion, la même que je formule fréquemment à mon ami Yugcib : découper vos textes en parties plus courtes.

La longueur est très dissuasive.

J'aurais voulu lire et commenter, mais c'est trop long.

Découpez vos textes en plusieurs parties de maximum 15 lignes (enfin... c'est une approximation).


_________________
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.frandidac.net
abdel
Membre
Membre
avatar

Nombre de messages : 242
Age : 65
Localisation : Rabat, Maroc
Date d'inscription : 25/05/2011

MessageSujet: Re: Brisures adolescentes   9/5/2012, 01:37

Je comprends, Jipi. Crying or Very sad

Je peux aussi vous faire une suggestion ? Merci !

Vous pouvez me lire à petits coups, quitte à me donner un avis en morceaux ou un morceau d'avis. Je suis preneur.

Comme il n'y a pas de fil conducteur, vous pouvez me lire, juste un morceau, avant d'aller dormir. En trois- quatre jours, vous me remercierez. C'est le côté positif de la longueur et la langueur de mes textes.

(Il n'ya pas de smiley pour le "ZZZ", hélas !)

lol!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ecrire.clicforum.com  et http://apprendreoualessai.fo
Jipi
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 5890
Localisation : Belgique
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Brisures adolescentes   9/5/2012, 08:50

À petits coups alors !

Entre parenthèses, chaque texte-chapitre forme une unité tout de même (ces divers textes devraient d'ailleurs théoriquement être assemblés ? Donc fil conducteur dans chaque chapitre et entre les chapitres ?).

_________________
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.frandidac.net
abdel
Membre
Membre
avatar

Nombre de messages : 242
Age : 65
Localisation : Rabat, Maroc
Date d'inscription : 25/05/2011

MessageSujet: Re: Brisures adolescentes   9/5/2012, 10:52

Merci Jipi .

En postant "les mouches de marbre", j'avais indiqué que je posterai quelque chose de différent dans le style.

Mon intention est de fusionner les deux projets en une seule histoire pour avoir deux styles qui cohabitent (l'un sérieux, l'autre moqueur). L'histoire manque encore de fil conducteur mais ça viendra dès que je transformerai l'autobiographie en un imaginaire libre. Touhchi sera un adolescent brisé par le choc avec la société, puis reconstruit par l'amour, puis malmené par l'âge adulte, puis sauvé par lui-même par sa propre reconstruction psychologique.

Des personnages seront introduits pour semer des bûches dans sa vie. Leurs destins seront décrits en rapport avec celui de Touhchi. Une sorte de saga familiale qui le mènera vers un leadership malgré la fragilité de sa construction affective et mentale. Touhchi sortira vainqueur de toutes les épreuves successives. Il y en aura cinq ou six bien détaillées pour constituer une trame de fond à son combat pour la survie dans une famille qui lui fait du tort et un cercle d'amis qui l'encourage, sans oublier Sfia son amour qui est le centre de tout son combat et la lutte avec son entourage (sa lutte à lui et sa lutte à elle).

Pour le postage, je crois qu'un chapitre est une unité parfaite, pour être lu en trois morceaux par exemple,selon les disponibilités, sans quoi un avis serait trop parcellaire lorsque l'assise de lecture est tronquée et la suite dépend du postage.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ecrire.clicforum.com  et http://apprendreoualessai.fo
Jipi
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 5890
Localisation : Belgique
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Brisures adolescentes   10/5/2012, 01:03

Comme je suis un peu spécialiste (!!!) en littérature, je m'occuperai un peu de vous Abdel et cela va faire mal !!! Je rigole !

Pour tout vous avouer je suis un peu perfectionniste.

Chaque fois je lis plus de 15 lignes et à chaque fois j'ai une interruption.

Comme je ne veux pas faire les choses à moitié, je recule l'échéance, car honnêtement, pour tout lire, comprendre et commenter un peu le premier chapitre je dois vous donner 45 minutes.

Le jour où j'aurai 45 minutes rien que pour vous... Mais je ne les ai pas pour le moment.

_________________
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.frandidac.net
Jipi
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 5890
Localisation : Belgique
Date d'inscription : 26/10/2005

MessageSujet: Re: Brisures adolescentes   14/5/2012, 19:11

Cher Abdel,

Vous êtes dur de la comprenure comme on dit chez nous en Belgique !

En d'autres termes vous avez quelques problèmes de compréhension.

Si je ne commente pas pour le momennt et si je ne commente qu'en tenant compte de mes restrictions, c'est UNIQUEMENT PAR POLITESSE ET RESPECT POUR VOUS. Vous ne voulez pas comprendre ? C'est votre choix.

Pour les autres, il suffit que l'on s'absente quelques jours et l'on fait déjà ses commentaires karscheriens.

Faites confiance disaient-ils !!!



PS : Abdel serait heureux d'avoir l'avis de Jean-Pierre Poccioni sur son texte. Mais je conseille à Jean-Pierre Poccioni de ne commenter ce texte que si Abdel revient. Usons, mais n'abusons pas !

_________________
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.frandidac.net
abdel
Membre
Membre
avatar

Nombre de messages : 242
Age : 65
Localisation : Rabat, Maroc
Date d'inscription : 25/05/2011

MessageSujet: Re: Brisures adolescentes   15/5/2012, 02:40

Jipi a écrit:
Usons, mais n'abusons pas !

Je suis tout à fait d'accord avec ce principe .

D'ailleurs, je préfère un caillou à un ciseau. Un caillou, c'est usant mais laisse la trace ou l'endroit de l'impact intact. Un ciseau, c'est abusant car il coupe et efface l'impact. C'est du propre impropre.

C'est en tout cas selon ma comprenure.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ecrire.clicforum.com  et http://apprendreoualessai.fo
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Brisures adolescentes   

Revenir en haut Aller en bas
 
Brisures adolescentes
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Biscuits aux brisures de chocolat
» Biscuits mous aux brisures de chocolat
» Yaourt mousseux à la poire et pépites de chocolat
» Petits Colliers par sOoZ
» Le magasin des Jeunes Dames

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Passion des mots :: Forums de discussions :: Les écrits de nos membres-
Sauter vers: