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 Les mouches de marbre, partie I

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abdel
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Date d'inscription : 25/05/2011

MessageSujet: Les mouches de marbre, partie I    22/3/2012, 15:48

François a déjà lu et commenté très objectivement l'ensemble de cet essai d'écriture (sur un autre lieu que ce forum)

Permettez-moi de le reposter ici dans l'espoir de recueillir quelques autres remarques et conseils, afin de pouvoir envisager de le poursuivre ou d'abandonner.

Merci infiniment.


LES MOUCHES DE MARBRE




Chapitre I : Touhchi fait le point

Touhchi ne pouvait pas bouger. Il avait bien essayé mais sans y arriver. Etendu sur son lit de fer, au vieux matelas à ressort, il cuvait l'une de ses cuites habituelles. Même ce matelas dégueulasse, déchiré de partout par les ressorts, ne donnait pas de la voix comme son habitude : des grincements déchirants à chaque mouvement du dormeur.

Une mouche trônait majestueusement sur son bout de nez. Elle avait retroussé ses manches et tambourinait avec ses pattes sur ses narines en nasillant d'allégresse. Une autre semblait sucer la bave qui suintait de la commissure de ses lèvres, tout en bavardant, en argot des mouches, en réponse à sa congénère qui avait pied sur son nez.

Touhchi essaya de lever un bras. Impossible. Il esquissa un semblant de souffle pour chasser les mouches. Il n'eut qu'un râle désarticulé, comme celui d'un mourant qui veut chanter pour chasser la mort. Les mouches étaient de marbre face à ses souhaits.

Il se réveillait lentement en ouvrant un œil à moitié, apercevant l'énorme mouche sur son nez, grossie mille fois par sa vision proche et trouble. Sa première pensée de la journée, saugrenue, - oui, oui la pensée mais aussi la journée – fut de s'interroger sur le sexe de la mouche.

"Une mouche, se dit-il, et pas UN mouche, c'est con de ne pas distinguer le sexe de ces distingués insectes". Il s'amusa à scruter les dessous de la mouche pour apercevoir un quelconque orifice ou une protubérance pour faire le distinguo, mais rien. Rien ne distingue UN mouche d'UNE mouche. "C'est moche comme évidence"."Une formule qui fera mouche" pensa-t-il bêtement.

Touhchi, était comme ça, un peu toqué du chef, sans en prendre la mouche. Il trouvait toujours le moyen d'ergoter, de tergiverser, de chercher la petite bête et le détail qui la rend si bête.

Tout son passé s'embrouillait dans sa tête. Il avait l'impression d'avoir vécu plusieurs passés, plusieurs vies à la fois. Il se demandait même s'il avait vécu tout cela réellement, de façon réfléchie. Il avait tendance à vivre en pensée, à anticiper ses actes et leurs conséquences. De ce fait, il se torturait le plus souvent à se projeter dans ses actions avant de prendre la décision de les appliquer. Il avait horreur des risques à encourir.

Pour chaque acte à accomplir, son imagination prenait le dessus et échafaudait mille situations dans lesquelles son être passait d'une virtuelle béatitude à de virtuelles douleurs et autres atrocités. Si bien que des fois, il se surprenait à sourire tout seul ou à larmoyer tièdement .

Il avait cette impression de n'avoir pas agi dans sa vie mais beaucoup imaginé, de l'avoir traversé sur la pointe des pieds ou en rasant les murs. Un spectateur de sa propre existence .

Il se disait à peu près ceci, avec le style en moins, puisqu'il cuvait sans fin son vin :

"Quelle mouche m'a piqué de prendre une telle cuite et de raviver tant de souvenirs ! On ne vit que deux fois, l'une dans la réalité et l'autre dans son imagination ! Mes deux vies, surtout la seconde, sont bien remplies ! A quoi me servirait de passer en revue l'une ou l'autre ? Et puis, ma vie ne pas appartenu à proprement parler. Avant 19 ans, j'avais ma propre vie. Après, avec l'entrée en scène de Sfia c'est la submersion de mes horizons, la fin de mes illusions, de mon indépendance, et la descente aux enfers de l'Amour."

Oui, touhchi tel que je l'ai connu attrapa la maladie de l'Amour très tôt. La trajectoire de sa vie s'arrêta de sinuer librement, pour se nouer avec celle de Sfia, de ne former qu'une seule et même trajectoire. Sa vie se fondit dans la sienne. Il ramenait tout à elle. Il ne vivait plus que pour elle, ne jurait que par son nom, ne respirait que par l'évocation de son odeur. Il ne pouvait plus imaginer un lever du soleil, l'achèvement d'un jour, sans l'avoir devant lui, sans l'entendre parler, sans la tenir dans ses bras. Il avait trouvé l'âme sœur et ne se privait pas de lui répéter qu'elle était sa moitié. Déjà ! Mais il l'entendait dans le sens réel de ne pas être entier, corps et âme, sans elle.

Une histoire d'amour, non sans histoires, qui constitue toute son histoire. Pour en faire le point, Touhchi ne le peut pas dans l'état actuel où il est. Laissons-le donc se reposer ou dormir à poings fermés, laissons son esprit occupé par le sexe des mouches, tout remué qu'il est d'avoir abouti à la brillante conclusion que l'Amour n'existe pas. Il n'y a que des attirances que l'instinct sexuel enjolive, trompe dans une merde de sentiments et d'émotions, pardon, dans une mer de sentiment et d'émotions. Sans cela, on ne peut prétendre que l'on peut aimer tout en interdisant aux corps de faire plus amples connaissances, dans l'intimité des sens et des interdits.

"Un mouche peut-il aimer une mouche ? se demandait Touhchi dans son délire éveillé ? Peut-être pas, puisque côté sentiments ils sont de marbre. Mais qui sait ! ce n'est pas impossible, qu'est ce qu'on sait ? On est nul devant la compréhension exacte des êtres non doués de raison. Et puis, ce sont nous qui avons inventé ce concept sans les consulter. A l'impossible nul n'est "t'es nul". On est tous égaux devant la nullité".

Sur ce, il pencha la tête de côté, et entama un ronflement mélodieux . Normal, le sommeil du juste est toujours mélodieux, rien à voir, à entendre plutôt, avec celui de l'odieux et de l'injuste.

J'en profite pour vous raconter ses déboires amoureuses, à partir du milieu, car le milieu est souvent la meilleure portion , en tout lieu et en toutes circonstances. Elle est la plus charnue et la plus pulpeuse. Il n'y a pas risque d'avaler ou de lire de travers. Seulement croyez-moi, c'est la portion, de son histoire, qu'il n'aime que très peu raconter.

Suivez-moi sur la pointe des pieds et sans crainte, jusqu'au commissariat de police le plus proche de chez lui où il s'était fait embarquer pour avoir rencontré sa dulcinée dans un lieu public. Embrasser sa bien-aimée derrière un arbre dressé dans la place publique, avec d'autres arbres au passage, est un acte privé qui porte atteinte à la pudeur publique. Les arbres offusqués en roussiraient à défaut de vous planter là et de s'éloigner aussi vite que leurs ombres. Cela n'échappe pas non plus à la vigilance du service d'ordre qui veille aux grains qui tombent des arbres.

Un virage dans sa vie, un commencement mal entamé, un début corsé, menotté et tout ce qu'il y a de scellé pour son avenir . Une virgule dans son destin qui lui imprime un changement de cap radical : il sera prisonnier de son amour pour toute la vie.

Incapable de faire le point pour vous, dans ce chapitre, il se contentera dans le suivant de faire la virgule, de la raconter par ma langue, pas fourchue je vous assure gratuitement.

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ahmed khettaoui



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MessageSujet: bonjour   26/3/2013, 13:36


Irriguer, littérairement, un sens charnel depuis une vision « sentimentale »,voire pleine de méditation et contemplation ,nécessite un refuge totalement et typiquement, et sans réserve , vers un univers héréditaire , gravé dans un parcours culturel, patronymique .
La distance entre une gérance linguistique liée au profond de ce dernier, nécessite ,elle aussi , une vision particulière , provenant , toujours , d’une singularité et d’une culture bien fondée,
autorisé par l’instinct a s’accrocher à une « étymologie » qui dévoilé le sens réel d’une inspiration ajustée par une présence purement originale, attachée aux ancêtres , jumelée à une profonde admiration souhaitée, atteste – sans aucun doute –sa localité dans l’univers de l’écrivain,en s’esprimant en dehors de sa langue natale.
Entre ces deux rives on constate, souvent, la distinction et l’admiration en même temps sensées chez l’écrivain (entre ces deux cultures différentes ).
Abdel , en s’inspirant de cet univers , voire , sphère pensive , dans « les mouches du marbre ».
décrit , selon les facteurs sus cités , différents actes narratifs dans un langage universel , mais annexé toujours , à une divergence linguistique qui absorbe, tout à la fois, son penchant radical à l’égard de sa narration , ce qui provoque , en outre , une vision opposée de la part du lecteur , comme était le cas dans différents commentaires ( en débâtant la deuxième partie du texte) surtout les commentaires du romancier et Critique :Jean –Pierre Poccioni.
Ce dernier a soulever le conflit qui s’impose souvent entre de cultures (orientale, maghrébine et occidentale) dans l’intention d’inciter l’auteur a s’abreuver directement de ses émotions , ses émois , sans passer par le « cheminement »textuel . .
Abdel , en revanche , façonne son texte selon une réaction descriptive qui ordonne à son texte de se dénouer de ses « complexes » en se « baignant » dans une atmosphère purement arabo-Maghrébine « argumentative » .
Or ses opposant exigent un conte sélectif, ou une narration appropriée « typologique ».
La structure du récit , en contre partie , chez l’auteur Abdel demeure toujours « esclave » si j’ose dire à ses pensées diversifiées vis-à-vis de sa sphère linguistique , discursives, référentielle.
Sociolinguistiques et surtout psycho-cognitives.
, « les mouches du marbres » est un tatouage spatial, locatif, qui dissimule, à la fois , la société marocaine , plutôt , maghrébine ou arabe , traité dans une vision « spacieuse»,et dans un dialogue référentiel .
Ce récit est une touffe de sensations, dans un « imaginaire »qui caractérise une relation « charnelle », d’une sensualité absolue entre deux « être » mouche et mouche .
Le romancier Tahar Ben Jelloun, à titre d’exemple, dans son roman « l’enfant de sable » dénonce la tradition marocaine ,en ce sens.
Ahmed Khettaoui/Algerie.

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