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 Il peignait la mort qui arrive : OPALKA

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Jipi
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MessageSujet: Il peignait la mort qui arrive : OPALKA   22/8/2011, 00:41

Une seule oeuvre qu'il a poursuivie toute sa vie.

Une oeuvre singulière dont mon fils étudiant en graphisme m'avait parlé (ses professeurs lui en avaient parlé dans le cadre de son cours en Histoire de l'art).

Un geste radical qui montre l’avancée inexorable du temps.

Explication plus bas...






« Cela devait bien arriver un jour, Roman Opalka attendit toute sa vie ce moment inéluctable qui viendrait conclure son grand œuvre. L’artiste franco-polonais est mort samedi à 79 ans, à Rome, d’une maladie subite. Il allait avoir 80 ans le 27 août. La mort était le point final au parcours d’un des artistes les plus singuliers de l’art contemporain.

Son but était d’inscrire dans la peinture même, la fuite du temps et l’avancée vers le néant blanc. Il avait commencé son travail de Sisyphe en 1965. Il avait 34 ans et déjà un pressentiment, sans doute angoissant, de la fuite du temps. Il définit alors la démarche d’une œuvre qu’il appelle "Opalka 1965, 1-Infini". Un travail qui était d’emblée programmé pour remplir toute sa vie. "Un processus de travail enregistrant une progression qui est à la fois document sur le temps et sa définition" , dit-il. Il s’agit de peindre à la peinture blanche, sur un fond noir, la suite des nombres, depuis le "1" jusqu’à l’infini (c’est-à-dire jusqu’à ce que la mort interrompe le processus).

Toutes les toiles qu’il appelle des "détails" ont la même dimension : 196 x 135 centimètres. Il utilisa toute sa vie les mêmes pinceaux, les "no zero". Il peignait ces chiffres grandissants d’une petite écriture serrée empêchant tout remords. Et il couvrait toute la toile de cette écriture. Il accentua encore cette idée de fuite du temps vers l’infini quand il atteignit le nombre 1 000 000, en 1972. Ensuite, à chaque toile entamée, il ajouta 1 % en plus de blanc dans la peinture noire du fond. Petit à petit, les fonds ont blanchi et l’écriture des chiffres se faisait moins lisible. Ce blanchissement marquait, à son tour et à sa manière, l’écoulement du temps vers le grand vide, comme le faisait la suite des nombres. A force de blanchir son fond noir, celui-ci est devenu totalement blanc à partir de 2008. Depuis, il peignait blanc sur blanc, la suite des nombres. Il parlait de ce blanc comme d’un "blanc mérité". Mais pour prouver qu’il avait bien peint la toile, il utilisait deux blancs différents (blanc de zinc et blanc de titane) permettant de lire les chiffres sous un certain angle.

Il ajoutait à cette œuvre de peintre des photos de lui-même, des autoportraits, réalisés après chaque peinture et sur un même format (24x30,50 cm), en noir et blanc, selon la même pose. "Ce que je nomme autoportrait est composé de milliers de jours de travail. Chacun d’eux correspond au nombre et au moment précis où je me suis arrêté de peindre après une séance de travail." Voir la suite de ces portraits (notre photo) est fascinant : on contemple le visage d’Opalka, pâle, vieillir peu à peu en se rapprochant de la mort. Enfin, le troisième volet de chaque "détail" est un enregistrement de lui-même récitant après chaque toile, la suite des nombres qu’il venait de peindre.

Roman Opalka est un artiste conceptuel. L’homme d’un seul concept qu’il a poursuivi toute une vie avec une obstination extraordinaire. Son travail témoigne qu’un artiste peut développer toute une œuvre à partir d’un seul point de vue qu’il creuse obstinément. Il peut envisager les questions essentielles du monde à travers une démarche étroite et particulière. Car les thèmes d’Opalka, répétons-le, sont ceux de la vie même : le vieillissement, la fuite du temps, la mort qui approche. Et il le fait en artiste, en utilisant la peinture. Il s’en est souvent expliqué : " Ma démarche fondée sur la durée de ma propre existence d’artiste a tous les aspects d’un égocentrisme exacerbé, mais pourtant elle est avant tout universelle : je ne raconte pas ma vie, mes rêves, mes fantasmagories, je n’illustre rien, je ne suis pas dans l’anecdote, je manifeste l’émotion de la vie, j’exalte la peinture, la verticalité d’un peintre, la verticalité de l’homme ."

L’œuvre d’Opalka illustre bien la thèse qu’un artiste, en étant au plus près de sa propre vie (et comment l’être davantage qu’Opalka), peut atteindre un universel qui nous touche.

Roman Opalka était né en France en 1931 de parents polonais. Sa famille retourna dans son pays en 1935 avant d’être déportée en Allemagne. Il renoua avec la Pologne en 1946 et y suivit des cours d’arts appliqués dans la ville de Lodz (la grande cité des artistes). Au début, Opalka était un pur abstrait peignant des monochromes blancs. Il lança son grand œuvre en Pologne mais vint définitivement s’installer en France à partir de 1977. Ses œuvres se retrouvent dans les plus grands musées. A la veille de la dernière Biennale de Venise, on pouvait voir au Museo Correr un face-à-face entre un "détail" d’Opalka et une œuvre célèbre de Carpaccio où l’on voit deux femmes assises, en attente, incarnant aussi, à leur manière, le temps qui fut l’obsession d’Opalka. » (Guy Duplat de La Libre Belgique).

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François
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MessageSujet: Re: Il peignait la mort qui arrive : OPALKA   22/8/2011, 13:08

J'ai été voir ses oeuvres sur des sites web et j'ai lu l'un ou autre article sur ce peintre que je ne connaissais pas, et le moins que je puisse dire est que je ne suis pas du tout, mais alors là pas du tout convaincu.

Un artiste conceptuel, certes certes !
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Jipi
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MessageSujet: Re: Il peignait la mort qui arrive : OPALKA   22/8/2011, 13:21

Même s'il n'est pas ma tasse de thé, je reconnais que sa démarche est interpellante.
Personnellement je suis convaincu de la sincérité de son projet très troublant.
Je le pense, en tous les cas, plus sincère que plusieurs artistes contemporains que l'on peut parfois assimiler à des imposteurs (voir mon article sur l'imposture en art contemporain dans le chef de quelques artistes).

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François
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MessageSujet: Re: Il peignait la mort qui arrive : OPALKA   22/8/2011, 13:55

Je veux bien croire qu'il était sincère dans sa démarche mais j'ai du mal à voir l'intérêt de celle-ci sur le plan pictural et même artistique. Je considère cela plutôt comme une curiosité. Mais je passe peut-être à côté de quelque chose, alors si un de nos membres souhaite m'éclairer, qu'il n'hésite pas.
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Marilou
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MessageSujet: Re: Il peignait la mort qui arrive : OPALKA   23/8/2011, 00:48

Le concept m'interpelle également. Je crois que devant ses tableaux je serai fascinée, non pas par l’intérêt pictural puisqu'il n'y en a pas, mais plutôt par cet acharnement apparent de vouloir figer le temps et surtout de le transposer. Voilà un thème qui m'intéresse beaucoup mais qui souvent m’échappe à cause de sa complexité et sa capacité à angoisser...

Connaissez-vous la nouvelle "Le conte de Noel d'Auggie Wren" écrite par Paul Auster ?

L'histoire d'un homme qui raconte son plus beau Noël entre la rencontre d'une vieille dame et celle d'un appareil photo dont il fera un usage bien singulier. En effet, il va photographier "l’œuvre de sa vie" durant 12 ans. A sept heures précises, au même endroit, chaque matin il prendra un cliché d'un même angle de rue.

"Auggie photographiait le temps, je m'en rendis compte, le temps naturel et le temps humain à la fois, et il accomplissait cela en se postant dans un coin minuscule de l'univers que sa volonté avait fait sien, en montant la garde devant l'espace qu'il s'était choisi."

Cette nouvelle m'avait beaucoup touchée.

Le cliché me semble plus intéressant que les toiles. Si vous connaissez des artistes qui ont réalisé une telle œuvre, n'hésitez pas à m'indiquer leur nom !
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Jipi
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MessageSujet: Re: Il peignait la mort qui arrive : OPALKA   27/8/2011, 19:10

Le concept est interpellant en effet.

Sur le plan purement artistique, c'est peut-être discutable (?).

Je ne connais pas cette nouvelle même si Paul Auster est sans doute un de mes écrivains préférés !

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Guimauve
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MessageSujet: Re: Il peignait la mort qui arrive : OPALKA   27/8/2011, 19:22

Elle figure dans le recueil qui contient les scenarii de Smoke et de Brooklyn Boogie, deux excellent films.

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Elle est sortie aussi seule :

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