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 Nouvelle de fin d'année scolaire...

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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Nouvelle de fin d'année scolaire...   29/6/2007, 09:11

Pas mal d'enseignants sur ce forum, alors j'ai pensé à cette petite évocation écrite il y quelques temps. On demandait à l'intellectuel de théoriser sur l'échec scolaire et c'est en écrivain que j'avais répondu.

Voici donc cette modeste contribution au débat fameux sur l'école !


L’école est obligatoire



Il n’était ni beau, ni laid, irrémédiablement privé de physique qualifiable. Même l’adjectif commun ne pouvait lui convenir. Il évoquait bien trop cet enfant indistinct que l’on plaque partout où il est nécessaire, dans la rue pour la vie, Doisneau nous en montre certains, dans le salon salle à manger des familles, la nôtre ou une proche et enfin dans l’espace gris et bitumeux des cours d’écoles.

C’est une des deux images d’enfant qu’on nous propose généralement. Le commun, précédemment évoqué, qui est seulement utile à faire nombre, et le mignon, avec sa variante féminine, la jolie, l’adorable fillette, qui est décoratif et surtout rassurant. Les opérateurs de télévision détectent toujours et immanquablement un exemplaire de cette dernière catégorie dans n’importe quelle foule de n’importe quelle race. On en vient même à se demander si la beauté est à ce point universelle dans ses traits et dans ses dessins ou si l’universalité n’est pas celle du regard unique de l’objectif de la caméra.

Ainsi fait, je n’aurais jamais dû évoquer son physique. Je ne l’ai fait que par une sorte de paresse, une facilité à suivre un courant habituel. Après tout, les autres sont des corps et puis des intérieurs. Je commence par l’enveloppe même si je suis conduit à constater ensuite la vanité de la démarche.

Ce genre de garçon se déplace comme les autres enfants de son âge, par mouvements brusques, courses, sauts, tressautements rythmiques. Dans ce mépris général de toute économie d’énergie, il était à sa place. De même il accompagnait ses actions libres par les cris adéquats, fulgurances sonores, appels sans objet, et laissait derrière lui un douteux sillage d’injures, d’obscénités détournées par la violence plus quelques mots codés, sournois, énigmatiques. Il aimait particulièrement dire « pédé ». Les adultes croisés en restaient dérangés et ne sachant que faire. Ils poursuivaient leur chemin en ruminant d’obscures représailles.

Il avait un prénom, bien sûr. Mais je n’envisage pas de le divulguer. Accoler un prénom à cette image translucide, à ce déni de portrait me semble une imposture. Il restera une personne grammaticale, ce « il » à la neutralité commode, qui côtoiera mon « je » dans une belle égalité.

Il avait donc un prénom qui lui allait fort bien. Pourquoi ? Je ne saurais le dire avec précision. C’était une rencontre, une correspondance entre ce qu’il était, ce qu’il semblait qu’il était et mon regard penché sur quelques instants de sa vie.

Moi aussi j’ai un prénom. Je sais ce qu’il en coûte quand il est dissonant, mal porté, agressif. Quand les hommes et leurs mères-épouses comprendront-ils qu’il faut nommer des être finis, achevés.

À quel âge placer cette finitude, me direz-vous ?

Quelle curieuse question !

Il marchait dans la cour avec un air absent qui ne laissait en rien présager du furieux qu’il était par ailleurs. De cet ailleurs seule la classe importe ici, l’autre, le nid, la maisonnée, le refuge familial échappe à nos regards et relève d’un autre discours. Un élève n’a pas de lieu familial réel, il a des parents inscrits dans une des catégories prédéterminées, elles-mêmes rangées en deux groupes antagonistes : les mauvais et les bons. Le plus souvent les bons parents sont les parents des bons élèves comme les mauvais sont ceux des cancres. Cette illustration de la relation de cause à effet est si solide qu’aucun frère, sœur, collatéral même n’en peut sortir indemne. Il est presque dommage qu’un reste d’humanisme désuet empêche de ressortir la très vieille et très commode numérotation, Louis XV, Louis XVI, Damien III, Christelle VII, VIII, IX, etc.

Au fond les prénoms ne souffrent pas d’être donnés trop tôt mais tout simplement d’exister et de faire croire à une individualité que si peu de choses ensuite nous confirment.

Il était donc furieux en classe. Tout d’abord furieux d’être là, d’attendre que les heures, les minutes, s’écoulent et de voir autour de lui que d’autres, certes rares, parvenaient à tirer des activités proposées une distraction suffisante.

Ne pense qu’à se distraire !

Quelle méconnaissance de sa réalité quotidienne, lui qui à chaque instant souffrait justement du contraire, de cette impossibilité d’évasion intérieure, interne au lieu clos où on le tenait.

Il était donc furieux. C’est-à-dire en colère, en guerre contre ceux qui le contraignaient. C’était au fond une guerre de libération et le fait que la cause fût sans fondements théoriques solides, et même dans une large mesure une cause mal venue, absurde et pleine de contradictions internes, n’amoindrissait en rien l’élan de violence et de rage.

Que faisait-il ?

Principalement rien ! Une bonne part de son énergie était dépensée dans cette passivité aussi obstinée qu’agressive, comme un condamné que l’on traîne vers le cachot et qui rue, se démène et s’agite, pour enfin ne plus trouver d’autre ressource que celle de son poids. Il se laisse lourdement aller et les sbires transpirent comme un professeur qui constate la sempiternelle absence du moindre effort.

Trop théorique tout cela ?

Alors regardez-le. Il entre en classe avec dans le corps les traces récentes de l’agitation nerveuse des couloirs, il heurte quelques tables, bouscule quelques chaises sonores puis se laisse tomber à sa place. Et là, il ne bouge presque plus, il résiste déjà, il faudra que le maître obtienne l’ouverture de l’anorak et celle du cartable et celle de la trousse et celle du classeur. Chaque geste est alourdi, ralenti et quand il trace un mot sur le papier fragile il obtient une griffe ou une déchirure. Les oisifs sont probablement plus lourds qu’ils en ont l’air.

Quand il a acquis de haute et constante lutte le droit de ne rien faire, le statut singulier du cancre libéré sur place de toute obligation scolaire, il se trouve face au temps hideux et insupportablement lent.

Quelque chose en lui surveille le niveau d’impatience psychiquement acceptable et lui dicte des solutions de secours.

Laisser tomber une règle de préférence métallique.

Attirer l’attention de Sylvain, de Julie ou bien de Véronique.

Emettre de menus bruits, bouche, objets scolaires brusquement recyclés en instruments à produire des sons agaçants, et parfois, mais d’une façon curieusement rare parce qu’en lui subsiste quelques traces d’une éducation commencée, pet.

Dans le meilleur des cas, l’enseignant qui là-bas poursuit son chemin de Sisyphe, se détourne du droit fil qui est son but et sa raison d’être et l’apostrophe, prétendant réprimer le flot des pollutions sonores. Il tempête et menace, raisonne aussi un peu et parle d’avenir.

L’avenir il connaît, c’est le vengeur masqué, patenté et complice des professeurs bafoués. Il avance vers lui avec sa face blême évoquant le teint pâle et défait des mineurs que Zola montre dans Germinal. L’avenir c’est l’enfer et pas de purgatoire.

On a beau lui parler, lui dire, tu verras, il ne veut rien savoir !

Ou bien c’est qu’il sait tout, de toute éternité. Les pauvres si nombreux perdants et dérisoires et les riches qui dansent là-haut dans un château. Il n’a pas beaucoup lu, et ne lira plus guère mais se souvient des contes et des histoires qui traînent. Il se sait pas grand chose et n’en saura pas plus mais il devine la tristesse des hommes et la rareté des fées.

Quand le professeur s’est un peu détendu, quand il s’est entendu débiter ce discours dont il sait toute la vanité, la pantomime touche à son épilogue toujours provisoire comme ceux des feuilletons.

Il y a la punition, toujours trop douce, que voulez-vous on ne peut plus sévir !

Il y a l’exclusion, Julien, accompagne ton camarade chez M. le Principal, mais chacun sait la parodie, que voulez-vous, on ne peut plus les renvoyer définitivement.

Lui peut choisir de recevoir, avec un flegme calculé pour exaspérer, la punition qu’il ne fera pas.

Il peut aimer la bouffée d’air, couloir, escalier, cour déserte et enfin sauvage et puis le bureau du principal avec le même discours, ne vous fatiguez pas je connais.

S’il est très en forme, tonique et volontaire, il peut faire un éclat, vieux con je t’emmerde ! Mais ce genre de séisme est plus intéressant du point de vue du spectateur, l’acteur n’y trouve que rarement la récompense du risque pris. Il est en général très vite soustrait à l’événement lui-même et confié à un morne couloir, antichambre de discours plus longs et appuyés.

Parfois il caresse des projets fastueux, incendie volontaire, fugue très inquiétante, imaginez, de la neige, moins cinq et on annonce pire !

Parfois il s’imagine avec au bout du bras la terreur d’un couteau ou celle métallique et luisante d’une belle arme à feu.

Le plus souvent enfin il s’affaisse et attend. Il a gagné quelques minutes pas véritablement joyeuses mais enfin acceptables.
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marie chevalier
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   29/6/2007, 13:54

Je viens de lire avec beaucoup d'intérêt ton "exposé" car en fait je l'ai pris ainsi. Il s'agit pourtant d'une histoire:
Celle de l'indifférence, du commun, du "garçon tout le monde" qui deviendra "monsieur tout le monde" sans étât d'âme car il s'en fiche. Du moins c'est ce qu'il veut que l'on comprenne de lui.

j'en ai connus, j'en connaitrais sûrement encore des petits garçons qui n'ont pas envie, tout simplement "pas envie d'en jouer"
Est ce si difficile à comprendre?
On pourra toujours répéter qu'il faut, que cela doit être : il s'en moque . Les mots glissent , ne l'atteignent pas.
J'ai compris que sa vie était ailleurs et qu'il "s'emmerdait" u n maximum dans ce monde qui n'est pas le sien ou du moins dans lequel il ne se sent pas chez lui. Par contre, il voudrait se faire entendre, se faire remarquer, mais il ne sait que faire du bruit ou choquer
pauvre "petit garçon tout-le monde" et ils sont très nombreux ainsi hélas.

Cela dit bravo Jean-Pierre, ton récit en plus est plein d'humanité que l'on ne devine pas au premier abord quand on ne te connait pas Smile
désolée mais il fallait que je tempère mon enthousiasme que ta lecture m'a apporté! :rose:
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Romane
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   29/6/2007, 14:50

J'aurais un milliard de choses à dire sur ce sujet passionnant.

La concrétisation du débat prochainement, puisque je monte un café philo, dans mon patelin. Il paraît que les profs l'attendent avec impatience, depuis ce fameux débat sur l'école au cours duquel je me souviens nous avions apporté beaucoup d'idées.

Ici pour ce texte, une justesse que j'aimerais pouvoir montrer par ailleurs pour ce débat. Puis-je ?
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Nouvelle de fin d'année scolaire...   30/6/2007, 06:45

Je n'ai rien contre le fait que ce texte soit utilisé comme support d'une discussion (surtout si l'auteur en est mentionné !)

En fait je suis avant tout romancier et non auteur de nouvelles, un genre qui peut retenir mon attention à l'occasion mais qui ne m'offre pas les moyens et l'ampleur d'expression du roman. Je n'avais donc aucune intention de publier cette nouvelle.


Ps: Merci cependant de lui trouver quelque intérêt !
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Romane
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   30/6/2007, 12:09

Il va de soi que le nom de l'auteur accompagne toujours le texte. J'ai pour habitude de demander systématiquement l'autorisation, un vieux réflexe de savoir-vivre.
Merci pour celle-ci.

Vous devriez écrire plus souvent des nouvelles.
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Jipi
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   30/6/2007, 16:55

Ce texte m'interpelle à plus d'un titre...
D'abord pour les qualités évidentes de son écriture, car je suis toujours convaincu de la nécessité première, pour un écrivain, d'être capable de manier les mots avec la dextérité d'un esprit qui nous offre un langage sortant des ornières conventionnelles tout en restituant l'authenticité d'un style invisible comme le dirait Camus. On trouve tout cela dans ce beau texte...
Sur le plan de la fiction la force du texte réside dans le non-dit. À lire entre les lignes comme l'immense Soie de Baricco (excuse-moi pour ce rapprochement entre deux fictions sans rapport entre elles). Et donc je n'ai pas fini de saisir toutes ses dimensions et donc je vais le relire...

Merci Jean-Pierre de nous avoir offert l'évidence d'une haute qualité.

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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Nouvelle de fin d'année scolaire...   1/7/2007, 07:57

Merci Jipi pour ton regard, toujours très acéré, et tes compliments.

Au fait, je ne place pas tout à fait aussi haut que toi ( immense!) Barrico en général et Soie en particulier !

Mais c'est un autre sujet (comme tu dirais toi-même) car Barrico est sans aucun doute un écrivain de qualité que chacun peut poser sur tel ou tel gradin de son podium personnel...
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Romane
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   1/7/2007, 14:24

Pour avoir fait de Baricco l'un de mes deux auteurs favoris, je n'irais tout de même pas jusqu'à comparer son écriture avec celle de Jean-Pierre, dans l'intention de la lecture entre les lignes.

Je viens prendre ton texte pour le proposer ailleurs, Jean-Pierre, pour un débat de fond qui va plaire.

Euh. zut. Je ne sais plus si tu ou vous et ce n'est pas aujourd'hui que je vais y réfléchir. Pas d'importance.
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   1/7/2007, 14:27

Zut, on ne peut éditer ses propres messages pour corriger ou peaufiner. Dommage. Bref.

Je voulais ajouter "merci". pour le texte.
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Nouvelle de fin d'année scolaire...   1/7/2007, 15:06

Ciel, Morane! Baricco un de vos deux auteurs favoris. Je suis très curieux de connaître l'autre élu...
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   1/7/2007, 16:50

Romane, Jean-Pierre. Romane. Rolling Eyes

D'abord Baricco, pourquoi ? Eh bien parce que je trouve dans ses livres beaucoup de poésie, des images, des situations qui me font rêver, ce qui à mon avis et par rapport à ma propre sensibilité est essentiel. Essentiel au point que si l'on tuait cela en moi, je n'aurais plus envie de vivre.

Exemples :
dans "Chateau de la colère", commander 200 km de rails sans destination précise, juste droit devant, pour faire rouler la locomotive... les deux fanfares qui se croisent, la chorale où chaque chanteur ne possède qu'une note...
Dans "Océan mer", la galerie de tableaux donc certains sont blancs. Ce peintre qui trempe son pinceau dans l'océan pour peindre sa toile...
Novecento... qui rêve de descendre à terre... pour voir la mer !!
Et puis bien sûr, dans City, ce petit traité sur la pensée, pure merveille...

"Les idées sont une apparition provisoire de l'infini" (Baricco)

Je le trouve ingénieux, novateur, poète, et je suis sensible à l'association des mots et de la musique (bien que non musicienne, mais cependant très réceptive)... tout cela atteint le côté rêves, imaginaire et émerveillement que je porte depuis l'enfance sans pouvoir ni vouloir m'en défaire. On entre là dans un domaine qui m'est intime, mais que je ne saurais mieux publiquement définir que comme je viens de le faire pour vous.

Mon autre auteur favori est Chilien. Hernan Rivera Letellier.
Pour d'autres raisons ; ses récits me font entrer dans le coeur du coeur de l'humain, là où tout est à la fois misérable et flamboyant. Sordide et magnifique. Nos paradoxes.
Mais aussi parce qu'il dénonce le système qui épuisa tant de vies dans les mines du désert d'Atacama.
A l'origine, ce type était mineur. Il a bifurqué et se retrouve aujourd'hui auteur, décrivant avec force ce qui fut douloureux là-bas.

En même temps, bien sûr je rêve. Le Chili est aussi fait de paradoxes, et je les aime parce qu'ils rendent tout insaisissable et que grâce à eux, nous ne connaîtrons jamais les réponses à nos questions les plus élémentaires. (une des raisons pour laquelle la crainte qu'ont les gens des mots que l'on peut dire ou écrire, me fait sourire tant je la trouve puérile). Letelier va au bout, il dit comme il a vu, comme il a vécu, ressenti, souffert en tant qu'individu bien sûr, mais surtout en tant que solidaire d'un peuple dont il fait partie.

J'aime la manière crue dont il dit les choses, ses descriptions.

J'aurais aimé qu'il puisse lui-même écrire au sujet des Indiens de la Patagonie. Avec ses mots à lui, par son regard à lui. Il ne pouvait être ici et là. Tout est trop vaste, trop démesuré. J'aime.

Et vous ?
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Nouvelle de fin d'année scolaire...   1/7/2007, 18:16

Morane,

Je laisse de côté Baricco qui vous touche à l'évidence de façon très personnelle.
Par contre Hernan Rivera Letellier, alors là, surprise.
Tout simplement parce que c'est un nom qui ne me dit rien du tout et je que crois même n'avoir jamais lu ni entendu.
Mais je vais m'informer...

Quant à moi, je suis incapable de citer comme favoris un nombre raisonnable d'auteurs.
A côté des incontournables Joyce, Céline, Sterne, Flaubert et d'autres, il y a les moins célèbres ( tout est relatif ) comme Wallace Stegner sans doute l'auteur qui me touche le plus avec Quarantotti Gambini et Grégor Von Rezzori, mais aussi Gadenne, Kundera sans oublier Dominique de Roux très injustement méconnu...

En fait répondre à cette question serait refaire une de ces soirées où entre amis (sans oublier ma Dominique ( Mme Poccioni) remarquable lectrice) , nous nous redélectons de nos lectures, passionés que nous sommes.

Ps : Petite précision : Je lis de quatre à huit livres par semaine depuis environ quarante ans...
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Romane
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   1/7/2007, 19:05

Jean-Pierre Poccioni a écrit:
Morane,

Romane. Sinon je vous appelle Jean-Marie.

Citation :
Par contre Hernan Rivera Letellier, alors là, surprise.

Vous m'en voyez ravie. Recherchez-le sur Google. J'en parle aussi passionnément dans mon forum, mais j'éviterai de poster les liens pour ne pas risquer de me faire taper sur les doigts, car je ne sais si c'est autorisé, ici.

Mes préférés :
Les trains vont au purgatoire
La reine Isabel chantait des chansons d'amour
Mirage d'amour avec fanfare
Les roses noires de Santa Maria

Quelque chose de magique aussi dans ses romans, des fins cinématographiques. Je n'en dirai rien de plus je préfère vous laisser découvrir. Juste ceci, que j'avais bien modestement écrit :

Mot de passe


Je prendrais volontiers le train. Un vieux, un très vieux train aux wagons rongés par la déchirure de l'air durant la longue vie de ses mystérieux voyages. Un train comme il n'en existe plus, fièrement précédé par sa locomotive à vapeur chuintante, essoufflée, asthmatique, mais vaillante.
La carcasse grisâtre fendrait l'air encore une fois pour moi, peut-être la dernière avant de se retirer, digne et vaincue, au cimetière de la ferraille.
Je m'assiérais sur une banquette gémissante en cuir fatigué par l'accumulation de tant de fessiers, d'histoires, le poids des vies, quoi ; le fantôme des voyageurs d'antan.
Le train, le très vieux train s'ébranlerait sur les rails tremblottants. Il ferait pour moi son dernier voyage.
Voyage des mots de passe quand passait le temps entre les parois grinçantes et qu'il filait derrière les vitres maculées pour se perdre là où se perd le regard.
Voyage des mots anonymes, des rancoeurs nées quelque part et ressassées des heures durant entre deux gares, sur la ligne fuyante des rails impassibles.
Voyage des mots d'espérance, ballots serrés sur les genoux de l'exilé vers sa terre promise, vers sa terre de mort promise.
Voyage des mots murmurés à la dérobée entre deux qui ne se connaissaient pas mais qui firent l'amour, furtivement, hâtivement, dans la somnolence et la moiteur des passagers affalés.
Voyage des mots "tope-là", au détour des affaires improvisées, l'un achète mais l'autre ne vend pas, mauvaise affaire, arnaque, alors voyage des morts orduriers, vengeurs, menaçants, puis voyage des mots réconciliants sous le sourire débonnaire d'un sage médiateur.
Voyage des mots de passe, des mots passants, passés et perdus, mais non, je tendrais l'oreille et ils résonneraient, acides, amers, sucrés, salés, chastes, emphatiques, émerveillés, épuisés, mêlés.
Avec eux viendraient le charivari multicolore et informe de tous ces hommes et de toutes ces femmes, des gosses mal attifés mais l'oeil vif, de leur sueur et des parfums bon marché.
Moi, assis au milieu de ces ombres errantes, j'écouterais leurs mots et, prenant bien garde de ne pas les toucher, je passerais dans leurs histoires, une dernière fois avant de leur rendre leur liberté.

Romane (à Hernan Rivera Letelier – aux trains du Désert d’Atacama – aux femmes et aux hommes de là-bas…)


Citation :
En fait répondre à cette question serait refaire une de ces soirées où entre amis (sans oublier ma Dominique ( Mme Poccioni) remarquable lectrice) , nous nous redélectons de nos lectures, passionés que nous sommes.

Ps : Petite précision : Je lis de quatre à huit livres par semaine depuis environ quarante ans...
:respect:
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: ane   2/7/2007, 06:31

Mille excuses, Romane, pour cette lamentable erreur de prénom ou pseudo.
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   2/7/2007, 07:47

Jean-Pierre Poccioni a écrit:
Mille excuses, Romane, pour cette lamentable erreur de prénom ou pseudo.

Ce n'est pas important, ma réponse à ce sujet n'est faite que d'humour. Merci toutefois, Jean-MarPierre. Wink
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Nouvelle de fin d'année scolaire...   2/7/2007, 17:17

Au fait, Romane...Quel est le sens de la citation non commentée de ton avant-dernier message ?
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   2/7/2007, 18:16

Peux-tu me dire laquelle, car dans l'avant-dernier, je n'en vois pas, si ce n'est la phrase qui dédie mon texte à Letelier et aux femmes et aux hommes de là-bas, est-ce cela ?
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Nouvelle de fin d'année scolaire...   2/7/2007, 18:30

Etrange dialogue !

Votre texte "Mot de passe" n'est-il pas suivi d'une citation d'un de mes messages ?
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Gosayn
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   2/7/2007, 21:31

Jean-Pierre Poccioni a écrit:
Etrange dialogue !



Cela n'arrive pas à la cheville de mon "Comme un lundi".
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   2/7/2007, 22:15

Jean-Pierre Poccioni a écrit:
Etrange dialogue !

Votre texte "Mot de passe" n'est-il pas suivi d'une citation d'un de mes messages ?

Oui, effectivement. J'ai salué ( :respect: ) l'assiduité et la régularité du rythme de lecture, en pensant que j'aimerais pouvoir engranger autant.
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marie chevalier
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   3/7/2007, 13:54

Gosayn a écrit:
Jean-Pierre Poccioni a écrit:
Etrange dialogue !



Cela n'arrive pas à la cheville de mon "Comme un lundi".

Very Happy study
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Nouvelle de fin d'année scolaire...   5/7/2007, 07:36

Etrange dialogue est un élément extrait d'une conversation, une remarque fondée sur une lecture antérieure.

Comme un lundi est une tournure de bar, une formule toute faite utilisée comme telle.

Les comparer n'a donc aucune pertinence.
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Gosayn
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   5/7/2007, 07:56

Jean-Pierre Poccioni a écrit:
Etrange dialogue est un élément extrait d'une conversation, une remarque fondée sur une lecture antérieure.

Comme un lundi est une tournure de bar, une formule toute faite utilisée comme telle.

Les comparer n'a donc aucune pertinence.


Je parlais du dialogue en question, et non pas de la formule "étrange dialogue"

Tsss...
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Nouvelle de fin d'année scolaire...   7/7/2007, 06:47

Et sur mon texte, Gosayn, rien à dire ? Ce qui serait tout de même la destination naturelle d'une prise de parole sur un forum littéraire !
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Romane
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   7/7/2007, 10:55

Private Jocke ? Toujours est-il que je ne comprends plus rien. Shocked
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MessageSujet: Re: Nouvelle de fin d'année scolaire...   

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Nouvelle de fin d'année scolaire...
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