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Les cimetières

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yugcib
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Inscrit le : 22 Déc 2005
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MessageSujet: Les cimetières   Lun 30 Juin - 9:19

Tous les cimetières se ressemblent. Ils sont tous une sorte de bibliothèque avec pour étagères des allées, et de part et d'autre des allées, des livres de pierre.
Les livres de pierre sont parfois des monuments orgueilleux et ciselés qui trônent dans quelque carré central ou le plus souvent, un grand lit de marbre familial qu'une fois l'an on fleurit de chrysantèmes.
Et je cherche dans la bibliothèque des livres de pierre, ces souvenirs de toi que la vie m'a caché, ces souvenirs de toi que je n'ai pas... Les apprêts mortuaires, les politesses et les regrets bienséants ont tout enseveli...
Ici aussi, tu es « de passage »... Car le livre de pierre, orgueilleux et ciselé, petit ou grand lit de marbre, ne sera plus, dans ces temps qui viendront où la « polaire » d'aujourd'hui ne dira plus le Nord...
Je ne me promène pas dans les cimetières avec des pensées en fleurs artificielles, je cherche les souvenirs de toi que je n'ai pas et dont je peux hériter en ligne directe...
Je m'arrête devant cette tombe sans nom, une tombe comme il en existe dans tous les cimetières, une tombe pauvre et abandonnée qui fut jadis un beau livre de pierre... ou qui est un livre de terre avec un marque-page en croix de bois, jamais fleuri de chrysanthèmes, jamais lu par les vivants... Je ne sais pas ce que l'on aurait pu dire ou écrire de toi avant que tu ne dormes sous ce livre. Il me semble que c'est une solitude, qui ressuscite. Et j'ai fait un rêve éveillé : j'étais un enfant qui courait les bras tendus vers un visage dont on n'avait pas vu la lumière...
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"Nous ne pouvons savoir! Nous sommes accablés d'un manteau d'ignorance et d'étroites chimères!" [Arthur Rimbaud]
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Constance d'Epannes
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MessageSujet: Sur cette pierre...   Lun 30 Juin - 17:37

Vous êtes Postier donc, décidément, je savais qu'il y avait des gens de lettres sur ce Forum. Et c'est le facteur chance qui fait que cette après midi, j'ai pris le temps de vous lire et de vous poster des lignes.
Mais je vous en veux d'avoir trouvé cette belle image des livres de pierre, du livre de terre, j'aurais voulu en avoir eu l'idée. Nous serons quelques uns à nous dire que nous aurions aimé l'écrire nous-même. Votre texte est de toute beauté.




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Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous.
Primo Levi. Si c’est un homme décembre /janvier 1947.
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Gosayn
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MessageSujet: Re: Les cimetières   Lun 30 Juin - 18:13

Je n'ai rien à ajouter. Mais je tenais à le signaler.
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L'avenir appartient à ceux qui se lèvent. Gosayn.
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Hervé Tadié




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MessageSujet: Re: Les cimetières   Mar 1 Juil - 12:06

de très belles formules, on peut voir qu'un effort soutenu sur le style a été consenti, texte bref mais plein. ça laisse entrevoir beaucoup de potentiel.
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Les cimetières   Mar 1 Juil - 14:01

Hervé Tadié a écrit:
de très belles formules, on peut voir qu'un effort soutenu sur le style a été consenti, texte bref mais plein. ça laisse entrevoir beaucoup de potentiel.


On hésite entre l'annotation de carnet scolaire et l'appréciation de dégustation d'un vin...

Heureux auteurs qui sont parfois élevés au rang de produit noble, AOC du genre humain et dans le presque même temps reconduits à la frontière d'enfance qu'ils n'ont d'ailleurs jamais franchie...
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Jipi
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MessageSujet: Re: Les cimetières   Mar 1 Juil - 16:34

J'ai lu ce texte tout haut... il mérite d'être lu à haute voix... Tu te rappelles bien de ma voix yugcib...

Texte sincèrement très beau... qualité littéraire !

J'aurais suppimé la dernière phrase qui est inutile. Cela me fait penser à ton livre LE CHIEN VERT que je découvre lentement... quelques très beaux textes, mais parfois des chutes ou des petites phrases qui sont de trop... On en reparlera !
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yugcib
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MessageSujet: Re: Les cimetières   Mer 2 Juil - 15:06

... Jean Pierre Poccioni écrit :

"Heureux auteurs qui sont parfois élevés au rang de produit noble, AOC du genre humain et dans le presque même temps reconduits à la frontière d'enfance qu'ils n'ont d'ailleurs jamais franchie..."

Cette frontière d'enfance, je le déclare sans le crier, je n'envisage pas de la franchir un jour... Ou alors, tout juste pour "jouer aux grands".
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Les cimetières   Mer 2 Juil - 15:47

Amusante cette éternelle valorisation de l'enfance, Eden paré de toutes les vertus, vert paradis etc...

Combien de fois ai-je entendu ces affirmations :

" Je suis resté un enfant " " J'ai gardé une âme d'enfant " " Jamais je ne serai tout à fait adulte"

Comme on dirait sans en être conscient " Je suis un peu demeuré !"

Bien sûr, il y a les mots et le sens qu'on leur prête. L'enfance est un symbole, une image. Mais laquelle ?

Innocence ? Allons bon ! Que celui qui n'a jamais entrevu l'infinie perversité des petits n'a rien vu de la dureté humaine.

Pureté ? Pas sexuelle, Freud nous a ouvert les yeux, pas morale, rien de plus égoïste qu'un enfant, pas idéologique, l'enfant livré à lui-même file tout droit vers la dictature seul l'adulte parvient parfois à s'approcher de la démocratie.

Poésie ? Voilà qui peut parler à Yugcib sauf que ses lignes sont pétries d'expérience, de lucidité acquise, de clairvoyance impitoyable. Toutes visions peu enfantines ! Et que la poésie des enfants est le plus souvent reconstruite par le filtre ( philtre?) de notre désir qu'il en soit ainsi !

Alors que reste-t-il qui nous fasse ( vous fasse !) rêver ? Les petites fesses roses et lisses ? Les dents de lait qui cherchent la souris ?

L'enfance quoi !
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yugcib
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MessageSujet: Re: Les cimetières   Mer 2 Juil - 17:37

... Je pense qu'il y a une ambiguité entre l'idée (valorisation, idéalisation, pureté, innocence...) que l'on se fait (que moi je me fais, que d'autres se font) de l'enfance ; et la réalité même de l'enfance, soit une réalité "sans fioritures", une réalité brute...
Dans la perception de la réalité brute, il y a en même temps, consciemment ou non je crois, un refus de cette réalité... Ou plutôt une "adhésion forcée" qui fait mal, un regret... Alors, l'on revient, l'on veut "à tout prix" revenir à la valorisation par l'innocence, la pureté...
Et l'ambiguité est d'autant plus ambiguë, si je puis dire, que l'on se réclame (parfois à cor et à cri) de ce "privilège" de l'enfance ; mais que l'on a aussi en soi, la réalité brute de l'enfance...
En ce sens, je rejoins votre propos, Jean Pierre...
J'ai conçu dans ma vie un projet : celui de ne pas, effectivement, franchir la frontière de certains territoires de l'enfance, et en même temps et selon une volonté personnelle et déterminée, dompter cette enfance en moi, apprendre ce que les "grands" apprennent... afin d'en faire ce que je veux en évitant autant que possible les désastres...
J'ai été heureux d'avoir été l'enfant que j'ai été... En dépit de ce que j'ai vu et ressenti.

... Au sujet de la dernière phrase de mon texte : "Et j'ai fait un rêve éveillé : j'étais un enfant qui courait les bras tendus vers un visage dont on n'avait pas vu la lumière"...
Ainsi l'écrirais-je plutôt :
"Et j'ai fait un rêve éveillé : j'étais un enfant qui courait les bras tendus vers un visage".
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Jean-Pierre Poccioni
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MessageSujet: Les cimetières   Mer 2 Juil - 19:27

L'humanité de cette réponse me laisse sans voix, presque sans voix, juste un filet pour dire que celui qui se penche avec cette douceur poignante vers ses vertes années ne peut pas être mauvais.

Salut , Yugcib
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kistila




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MessageSujet: les cimetieres   Dim 20 Juil - 12:03

Et j'ai fait un rêve éveillé : j'étais un enfant qui courait les bras tendus vers un visage dont on n'avait pas vu la lumière...
[quote]


je ne trouve pas cette phrase inutile... parfois on ne "découvre" quelqu'un que trop tard, si ce n'est jamais...
J'ai commencé à découvrir mon père que quand il était déjà amoindri,et je n'ai "connu" sa veritable sensibilité qu'en rangeant ses papiers après sa mort découvrant quelques carnets ecrits de ses pattes de mouche, où il avait écrit des contes, ses souvenirs de la guerre 40... des lettres qu'il avait gardées, en particulier de son propre père... des photos d'indochine, d'algerie, de gens que je ne connaissais pas... des dessins à la sanguine en particulier de fleurs...
je trouve bien triste que les pères d'autrefois, surtout s'ils étaient militaires, croient plus "mâles" de ne pas montrer leur sensibilité et j'envie, j'envie très fortement, ces jeunes génerations qui "peuvent courir bras tendus vers un visage", visage illuminé de tendresse... souvenirs de lui que je n'ai pas...

j'ai aimé votre texte yugcib, indépendament de sa forme très élaborée et de son vocabulaire très imagé, je l'ai aimé par sa sensibilité et son "fond" si humain. merci.
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yugcib
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MessageSujet: Re: Les cimetières   Dim 20 Juil - 22:43

... Kistilla, merci pour tes messages...
A bientôt : je pars demain matin pour les Vosges.
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