yugcib Membre

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| Sujet: Le "Télétété" Mar 21 Fév - 11:32 | |
| :a LE TELETETE
Dimanche matin, 19 février 2006… Mon site a 10 mois. Dix mois, l’âge des couches culottes grand format pour « placards » bien consistants… Dans les premiers mois, au printemps dernier, en ces jours d’avril qui caracolaient contre la nuit essoufflée, et plus tard dans le mai flamboyant puis juin aux barbecues grésillants de brochettes, j’avais encore de ces nourritures ne générant qu’innocentes purées. Et oui ! L’on s’alimente d’inspiration et d’idées, l’on défèque d’écriture… Ma nounou disait à ma maman : « je viens de le changer, et il a fait de nouveau ! ». A dix mois, dame, ça devient bien « placardant » ! Il faudrait en faire une téléréalité. Diviser le temps en octets, en milli octets, et sur le dos d’une puce d’octet, dans un milli confetti de téléréalité, y formater purées et « placards »…Jusqu’au détélètement de la télé et la réduction en poussière de silex de ces virgules de purée et ronds de « placards »… En ce dimanche matin de février, dans l’attente des visages de mes très chères cousines adorées, je ne sais pourquoi, je rêve d’une mariée en noir, très jeune, dans une robe à rubans et volants, presque une chrysalide, transparente mais néanmoins d’une discrétion absolue…voilant même à l’imaginaire tout ce que l’intérieur de la chrysalide suscite d’émotion souveraine… J’en suis tout constipé dans ma couche grand format, assis sur mon site. J’en renierais mes tripes et pour un temps indéterminé, au lieu de déféquer de l’écriture ou de la « lucidité tragique », j’en pisserais d’une joie vivante qui n’aurait plus de mots pour éclabousser, plaire ou surprendre ou indifférer ou exécrer… Sur France Culture, à ce moment là, la mariée était en noir… Et trente ans plus tôt, je l’avais, en blanc sans manches et sans volants, tracée, tracée à la folie… la mariée ! Mon papé le dimanche matin, m’amenait voir le « Télétété », dans la vitrine du petit bazar en face du ciné. Je n’avais déjà plus l’âge alors, des longues stations sur le « pot », en ces années de la Reconstruction, des combats de l’abbé Pierre pour les mal logés, et de la grande peur atomique où l’on ne mettait pas encore aux petits enfants les « toffies » pesantes et cuisantes de ces « années Twist jeunes femmes sveltes chic et court coiffées à la Mireille Mathieu » qui allaient suivre en scoubidous et Ula Hop. Mon papé, dans des boîtes de fer Blédina, cultivait des asticots blanc et crème et s’organisait le dimanche après midi, des récrés ruisseau canne à pêche assis sur son pliant. Ma mamy censurait le pèlerinage du « Télétété »… car ce « Télétété » disait-elle, me donnait de mauvaises idées. Mais avec papé, on allait quand même voir le « Télétété ». Dans les téléréalités, on petit déjeune piqueur mordeur suceur couleur, le frigo ouvert, le pieu en bataille, le gosse qui roule sa couche en boule et le lavabo qui glougloute… Quand on a des sous, qu’on s’est très plu à deux, et qu’on se fout de tout pourvu qu’il y ait d’la tune, le noir ou le blanc de la mariée dans ses taffetas s’offre un voyage en limousine de la mairie à la salle des fêtes en passant par l’église et le parc du château. Ma cousine Marie Françoise est belle à ravir, Sud Ouest titre « le virus était dans le canard », mon site a dix mois et février 2006 se fait la malle à coups de vent hurlant… Je referais bien un « Grand Hôtel du Merdier »… Mais, bon ! Les Gallinacés et les Bourricots ne font pas bon ménage dans un poulailler squatté de biques et de lapins nains… Je prêtais à ce « Télétété », d’étranges et imaginaires vertus. Il trônait sur une étagère, au milieu de bibelots, pots de couleur, stylos et pipes, n’était pas à vendre, sorte de mascotte d’une origine inidentifiable, d’une tête métallique et carrée préfigurant celle des « goldoraks » des gosses de la génération Sida Game Boy… Haut comme une grande poupée de foire, articulé de manchons à rallonge, de ressorts spiralés et arborant un buste tank, il me semblait machine à communiquer avec son visage écran et ses yeux fenêtres reliés à des ondes invisibles porteuses de messages… Le fait qu’il n’était pas à vendre me fascinait au plus haut point… J’imaginai un « papé milliardaire » couvrant le comptoir du bazar, de longs fafiots de dix mille, les yeux plantés dans l’émoi du commerçant… qui, doucement et dans un silence accablant de condescendance, repoussait les fafiots… Dès lors, ce « Télétété » me mangeait la tête, devenait l’avenir du monde… Un projecteur de rêves, de mots et d’images, bien plus magique encore que la « machine à ciné » qui me racontait en dessins qui bougent, au plafond, l’histoire de la « Belle et la Bête », que mon père me passait, lorsque, la poitrine serrée de cataplasmes, une émotion souveraine m’étreignait l’esprit et le ventre à la vue de cette Belle si belle s’approchant de la Bête si peu bête le miroir retourné… Assis sur mon site, « placardé » dans mes couches, le « moineau de mon âme » un peu raide et huileux au bout du bec, j’ai sous les yeux par un désordre débordant d’une table chargée de papiers, ma dernière analyse de sang : 1,53 de LDL alors que je ne devrais guère dépasser vu mon « profil », 1,38 ! Il me faudra donc « dégraisser », sans doute, sans doute… Mais, au dessus du grand rideau d’arbres aux branches grises capillaires évoquant un immense réseau de fils enchevêtrés, dans ce ciel de février chargé de bourrasques, électrique et sans oiseaux migrateurs, je ressusciterais bien le « Télétété »… Redessiné sur l’un des carreaux de la fenêtre ! Il n’est pas à vendre, ce « Télétété ».
Note : le « Télétété », il date de 1952 ou 1953, à Rion des Landes, où mon papé était receveur des Postes… lbino:  _________________ "Nous ne pouvons savoir! Nous sommes accablés d'un manteau d'ignorance et d'étroites chimères!" [Arthur Rimbaud] |
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